1.9.11

7 lignes par jour, hommage à Nougaro


Pour la 7ème année consécutive
À l’occasion de ce 7ème set
Ce florilège de sept lignes
Cette inestimable anthologie
Ces recettes éculées
Ces vers septimes
Parfois ascètes
7 lignes
par jour…


Nos humbles hommages à notre maître 61
Claude Nougaro

Marie-Andrée Pin
Stéphanie Enjalbert
Alfred Manuel
Yves Perez
Catherine Lamarque-Manuel
Les Ateliers de la Coquille

7 (lignes/mots) autour de Nougaro !

La consigne d'écriture
Ateliers de la coquille  - 7ème édition - n°1 - 6 octobre  2009 

Je vous présente mon maître 61
Pour métrer vos mots plein
D'amour et de frousse
Laissez Claude coudre
le flou qui se trémousse
Au fou de nous
Il y a nous
amour et désamour
Ensemble dans le trou
De nos mots s'échappent un blues
où se nouent et sans chaîne les roues
Qui tournent en nous
Pour que se dénoue
L'homme-femme qui roupille doudou
Attendant le coït lourd
qui fera de nous
un être entier, waouh !
Faites le plein avec mon maître 61
Bourré de con et de signes
Pour signer vos mots
En compagnie de Claude
Déconnez de la rime
Enfantez sens et non-sens
Pas clone de Claude
Tout contre Claude
Osez 
Écoutez ses chansons
Entendez sa voie
Écoutez ce qui est dit de l'écriture
Entrez en dialogue intime avec Nougaro

Pour cela, je vous offre un cd post-cast “Hier Nougaro, demain newgaro”, Didier Varrot  (France Inter). Le cd de l'été 2009.

10 h d'écoute, en voiture, le soir, dans le bain.

Envie de dire à Yves, écris en résonance
Envie de dire à Marie-Andrée, écris en souvenir, hier et maintenant, tam-tam
Envie de dire à Alfred et Béatrice, Stéphanie, Isabelle, Armand, faites ce qu'il vous plaît

Ordre et désordre
Observez vos freins et jouez :

Écrire 7 lignes par jour,
Pas une de plus, pas une de moins

Tous les jours sauf 1 entre deux ateliers

7 lignes x 13 jours = 91 lignes

Aucune consigne n'est donnée sur la largeur des lignes
Seul le nombre exact compte
Numérotez vos lignes ou pas
Nougaro est inspirateur et pas un aspirateur

Écrire par ce que Claude le propose avidement
Poser votre prose
Il y a des messages très intimes pour chacun de nous
Écoutez-les, entendez-les, répondez
Laissez-vous bercer comme un enfant
Vous n'êtes pas seul et vous l'êtes totalement
Vous pouvez simplement répondre à la consigne sans écoutez le cd

Allez, je me lance !

Perdue dans Toulouse
J'ai distille mon blues
Jusqu'au fil bleu de ta joue
Rouge
Ma gorge déployée roucoule
D'amour
Pour vous 

(temps d'écriture 2 mn, alors ne me dites pas que ça prend trop de temps)

PS : avec tout ce matériel, on fera un fête en décembre et on lira, on chantera, on dansera. V'là le programme du premier trimestre.
Ça rigole, va falloir bosser

Et voilà le résultat
Les Ateliers de la Coquille - Atelier du 15 décembre 2009

Marie-Andrée Pin
C’est dans le métro
Que je le vis :
Quelle laideur !
C’est vraiment trop !
Mais quelle est sa vie ?
Les fées penchées sur son berceau
Ne lui ont vraiment pas fait de cadeau !

Solitaire
Mahjong
Explose cube
Tetris
Mahjong sup
Je deviens débile
Pour jouer à ces jeux idiots

Mais pourquoi faut-il du papier orange ?

Lettre de rupture à retardement
Bombe retardataire, Boum !
Dégoupiller lentement
La boîte à sentiments
C’est le soulagement
C’est l’ivresse, une caresse
Cette lettre de rupture à retardement.

Nous               Chanson
Oublions         Lancinante
Un                   Avec
Grand             Un
Amour            Désespoir
Rarement.       Exprimé
Olé, olé !

Voix grave et enrouée,
Cheveux longs blonds
Pianiste confirmée
Musiciens à l’unisson
Talons hauts et robe bleue
La chanteuse de jazz
Etait star ce soir là

Cet après-midi, je pensais que les livres sont comme les hommes.
Il y en a de superbes qui présentent bien, la couverte est glacée, les illustrations colorées mais l’histoire est inintéressante, fade et sans saveur. Il y en a de quelconques, des un peu usés, qui sont passés par de nombreuses mains, mais l’histoire est fabuleuse, fait rêver et ce sont de vrais trésors. Il y en a qu’on jette, d’autres qu’on relit régulièrement, d’autres encore qu’on garde sans les ouvrir à nouveau, et puis il y a celui qu’on garde sous l’oreiller………

Et bien voilà, je me suis fait prendre dans les embouteillages géants provoqués par au moins une cinquantaine de tracteurs !! Ils se suivaient, à intervalle régulier, en klaxonnant bruyamment. Certains étaient accompagnés par leur famille et avaient décoré leur tracteur ! Toute la ville bloquée ! Et malgré ce bordel gigantesque, les passants souriaient, applaudissaient. Personne ne râlait. Tout le monde était éberlué de voir cette ribambelle rurale en pleine ville. Magique comme sensation !! Ca valait le coup d’oeil, on aurait dit un film de science fiction ! D’ailleurs j’y ai pas cru.

Je ne savais pas qu’on le comparait à Gainsbourg.
Pourtant le rythme des jeux de mots saute aux oreilles.
Je ne savais pas qu’il avait chanté avec des rappeurs.
Pourtant, ce n’est pas discordant
Je savais seulement que c’était un poète inspiré,
Je savais seulement que c’était un alcoolo
Je savais surtout que c’était un grand mégalo.

Nature               Naissance
Obscène            Officielle,
Une                   Unique !
Généreuse        Grand
Aventure           Artiste.
Richement        Réjouissante
Ouvragée          OEuvre ! 

J’eus une vision :
Une vulgaire joueuse de vieille vielle
Qui était bien vivante,
Vachement voilée,
L’air vorace,
Et j’eus peur qu’elle me hante.
Alors j’ai juste ouvert les yeux

La tête sur l’oreiller
Un moustique me surveille.
Je le sens ……………sournois,
La perversion incarnée
C’est sûrement idiot
Je ne pense qu’à lui éclater la cervelle !
Il faudrait que j’en parle à mon père.

Ce type est vraiment né sous une bonne étoile,
ou son ange est particulièrement efficace………….
C’est un hypersensible,
Écorché de la vie,
Grand brûlé des sentiments,
Et………tout lui réussi.
Croyez-vous aux anges ?

Pas un seul nuage ce soir
Ciel totalement dégagé
Lune bientôt pleine
Emplie de lumière reflétée
Un petit vent frais agite les feuilles,
Je fume ma dernière clope
Et je me sens bien !

La fripouille sans trouille
Gratouille la citrouille,
Fouille et touille la douille
Puis mouille la rouille.
Ca chatouille sa bouille
Ouille !!
Ni nouille ni couille………..

Il n’y a plus de saison !!
29 à Arcachon,
31 à Lannemezan !!
Les morts doivent suer dans leurs tombes
Qui sont fin prêtes à être fleuries.
Les christanthèmes sont de sortie
C’est le bouquet !!

Elle a 30 ans
Le 30 !!
Je pourrais être sa mère………
Me voit-elle comme ça ?
En tous cas, elle vient de prendre ses billets pour Delhi,
Et je l’envie !
Ses 30 ans ou son futur voyage ???

Claude Nougaro en occitan, ça sonne mal, ça fait nul cette décision de parler occitan dans le métro !! J’aime le patois parlé sur les marchés, entre vieux sur les foirails, dans les discussions sur de vieux bancs, dans les bistrots de village autour d’une table de joueurs de belote qui sirotent leur petit jaune……..En fait, j’aime quand le patois est authentique, instinctif, qu’il n’est ni forcé ni intellectualisé. Bon, c’est vrai, je ne sais parler que 4 ou 5 mots, je ne les comprends pas tous, mais cette musicalité m’enchante car mes grands-mères parlaient patois avec leurs copines, et ça me fait des souvenirs. Encore une fois, les souvenirs me submergent d’émotion.

Quand je serai morte, assassinée par quelque jobard, j’aurai droit à une autopsie.
On va me disséquer, m’ouvrir le crane, les poumons et le bide !
Et là, bien fait pour les curieux !!!
On ne trouvera rien.
Il n’y aura rien à voir !!
Circulez braves gens !!
Seulement des sourires, des caresses et…….. peut-être des poumons un peu encrassés (quand même)

Il était une fois une petite cigale qui n’aimait pas chanter.
Elle aimait seulement danser : la valse, le tango, le passo, la salsa, la rumba, le rock, la samba, le jerk, le twist et même le slow.
Elle aimait danser, avoir la tête qui tourne, les pieds qui glissent, avoir la sensation que le rythme de la musique lui colle à la peau, virevolter en liberté. Même si quelques pas étaient structurés, c’est la liberté qu’elle aimait ressentir et la danse lui offrait ça. Danser sans danger.

Il va super bien, est en pleine forme, le sourire illumine son visage.
Quel plaisir de le voir, quel bonheur de le voir ainsi !! Après tous les moments douloureux qu’il a vécus, malade, fiévreux au fond de son lit. Il était branché à de nombreuses machines : une pour respirer, une pour combattre la douleur, une pour surveiller les rythmes de son coeur, une autre pour manger…… En même temps, je suis remplie de nostalgie : à l’époque, on faisait du bon boulot !!

Naufrager          Nuit
Oublié               Orageuse !
Urticaire            Une
Garanti              Girouette
Avec                  Argentée
Réaction            Raille
Obligatoire        Outrageusement

Un zoulou, ma loulou !!
Ce soir il était très beau dans le métro
Le costume, la sagaie,
Tout y était !
Même sans glace, il était vraiment classe………
Le zoulou, ma loulou
M’a fait un poutou

Je me suis toujours demandé ce qui intéressait le plus les hommes : les fesses ou les seins ?
Qu’est-ce-qu’ils regardent en premier chez une femme ? Qu’est- ce – qu’ils préfèrent toucher ?
Une bonne paire de fesses, un beau cul, un bon pétard ou de sacrés lolos, des michtons généreux ?
Le cul a été peint, dépeint, décrit sous toutes les formes. Les seins ont été modelés, représentés, chantés aussi. Toutes les statues de femme les montrent à poil, dotées d’une poitrine et de fesses bien dodues. Les hommes aiment les rondeurs, c’est sur. Mais pourquoi donc, les jeunes n’aiment que les femmes,
maigres, filiformes, plates comme des limandes, sans forme, ni devant ni derrière. C’est une vraie question, qui exige une vraie réponse

Entre nous, il y a un lien magique et unique.
Ce lien est essentiel et vital pour moi.
Quelquefois je m’éloigne, je t’oublie et t’ignore quelque temps, mais ce n’est pas ton cas.
Jamais tu ne me repousses ni me rejettes.
Tu sais me charmer et me faire craquer.
Tu sais me récupérer à chaque fois et,
Comme une pauvre naufragée je peux alors seulement respirer à nouveau.

Ce gamin ne parle pas mais sait parfaitement se faire comprendre. Il pousse des cris, il grogne, se balance comme un métronome déréglé et le plus souvent, je le trouve juste très fatigant. C’est épuisant le bruit d’ambiance qu’il génère. Malgré tous ses handicaps, il est hypersensible et très affectueux. Son sourire complètement idiot est touchant. Il est joueur, malin. Il aime les dessins animés, faire des bulles de savon, des dessins avec des crayons de couleur ou des gommettes, il est comme tous les enfants. Ce soir, je lui raconte une petite histoire et, alors qu’il se tourne en récupérant son doudou, je suis complètement émue par ce bambin.

Parmi les choses qui me gâchent régulièrement la vie, il y en a une qui remonte à mes tous premiers mois : c’est le mal de dents ! C’est vraiment un karma cette histoire : ça fait mal quand ça pousse, ça fait mal quand ça tombe, ça fait mal le matin, le soir, ça réveille la nuit, ça mine le jour. Que la douleur soit latente, sournoise en arrière plan ou bien aigue, soudaine, qu’elle soit continue ou
présente par intermittence, je la redoute comme un diable, je la sens capable de m’anéantir en un rien de temps, je me sens faible face à elle, sans résistance et je pleure de rage (de dents). Et, même lorsqu’on n’en a plus, ça crée aussi des problèmes. Le vrai bordel cette histoire !

Et voilà, je suis encore en retard. Impossible de me réveiller !! Putain de réveil !
Compter, heurer, minuter, seconder mon temps de sommeil, c’est infernal
Et pourquoi pas heurer, minuter ou seconder mon temps de vie ?
La vie se déroule au fil des tours de cadrans, inlassablement, sans accros, sans s’occuper de nos emplois du temps surchargés ou à moitié vides, sans se tracasser de nos joies ou de nos peines. Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons et c’est ça la grande illusion. Putain de réveil !

Nerf, nerveux, nervosité, énervé, énervement
Neurone, neural, neurochirurgie,
Pet au casque, bargeot, félé, gogol, jobard,
Folie, folle, folâtre, folasse, fadaise,
frapadingue, fada, falaise, faribole, farigoulette,
facile, facilement, facilité, finalité et finalement
Toujours énervée !!

J’ai aimé des gens aimables
J’ai détesté des gens détestables
J’ai remplacé des gens irremplaçables
J’ai séduis des gens séduisants
J’ai oublié des gens inoubliables
J’ai déçu comme j’ai pu l’être aussi
Bref, j’ai bien vécu !

Simplet
Prof
Timide
Grincheux
Atchoum
Joyeux
Dormeur. Ils étaient bien sept !!

Que peut-on faire face à un homme qui veut en finir avec sa vie ?
Le faire rire, s’occuper de lui, de ses affaires, lui montrer la beauté des étoiles, des fleurs, la magie de la nature en général, l’inviter dans un bon restaurant, lui faire goûter un excellent vin, lui proposer quelque chose de bon à fumer, lui faire découvrir la poésie, le théâtre, la peinture, l’amener écouter un concert, le
pousser dans le vide avec un simple élastique aux chevilles, le conduire à 300 à l’heure sur une route de montagne bien sinueuse, lui payer un psy……… Je ne sais pas ! En fait, je crois qu’on ne peut rien faire dès que la décision est prise

7 nains
7 jours de la semaine
7 lettres pour Nougaro
7 péchés capitaux
7 plaies d’Egypte
7 chakras
Et les 7 merveilles du monde

Ils ont coupé l’arbre qui m’a servi de repère toute mon enfance. Majestueux, magnifique, il trônait au milieu d’un champ, et après l’avoir espéré, je le repérais au détour d’un virage. C’était la dernière partie du voyage, nous allions bientôt arriver. Très beau en toutes saisons, il était resplendissant quelles que soient les couleurs de son feuillage. Vert tendre, vert plus soutenu, vert pâle, jaune clair, ocre, rouge, gris puis noir lorsqu’il était dépouillé de ses feuilles, quelquefois recouvert de neige, superbe ! C’était mon arbre et je l’aimais. Ils l’ont coupé, merde alors !

C’est l’histoire d’une petite idée qui monte, qui monte, qui se fraye un chemin parmi des centaines de milliers de synapses de mon cerveau. Elle rencontre en chemin d’autres germes d’idées, moins costauds et qui ne trouveront jamais la sortie, des embryons d’élucubrations qui sont si peu consistants qu’ils crèvent comme des bulles de savon, des raisonnements carrément bétonnés qui sont trop compliqués et trop lourds pour passer devant elle, bref, elle croise du monde, du beau monde aussi parfois. Elle est têtue, la petite idée, alors jouant des coudes, c’est elle qui trouve l’influx nerveux du bras et qui arrive à sortir du stylo la première, et s’étale, bleue, sur la feuille frissonnante.

Le feu crépite dans la cheminée. La chaleur m’enveloppe. Je suis hypnotisée.
Ca fait partie des choses rassurantes de ma vie. Au même titre que la blanquette de veau, le pot au feu, la brioche au goûter, la confiture de fraises sur la tartine du petit déjeuner, les crêpes à la chandeleur, le gigot d’agneau à Pâques, la dinde à Noël (avec la bûche et les papillotes)… Ces petites choses qui s’égrènent tout au long de l’année, me rendent la vie plus facile. C’est sûrement très idiot, mais je trouve ça très agréable et surtout très rassurant, oui, c’est bien le mot.

Pour moi, la peur est le pire de tous les sentiments que l’on peut ressentir. Quand je vois les infos à la télé qui distillent quotidiennement la peur, je sens la rage m’envahir. Il faut avoir peur du voisin, surtout s’il est basané, et de son chien, le méchant chien qui va finir par me bouffer, c’est sur ! Peur du temps qui change : alerte rouge pour la canicule, le vent, les orages, la neige… Alerte aux virus, eux aussi veulent notre peau ! Peur du loup quand on est petit, peur du sida un peu plus tard, peur de perdre son boulot, peur de crever de faim, peur de prendre des kilos, peur de tout……….et la connerie, ça vous fait pas peur ??

Elle est plus ou moins rectangulaire, souvent noire, pas spécialement originale, mais elle est quand même très pratique. On peut tout y mettre, en vrac, en boules ou bien rangé, bien ordonné dans de petites poches bien distinctes. Il faut quelquefois faire preuve d’ingéniosité pour pouvoir la fermer. Par contre quand elle est vide, elle est inutile et on je ne sais jamais où la ranger. Alors, elle reste là, disponible, prête à repartir. Elle aime ça d’ailleurs, partir en vadrouille pour un simple week-end ou pour une période plus longue, c’est même sa seule raison d’être, le seul moment où elle se sent utile. La mienne a de vieilles roulettes
qui grincent : faut bien qu’elle fasse un peu la maline !!

Les pyramides d’Egypte
Les jardins suspendus de Sémiramis à Babylone
La statue en or et ivoire de Zeus Olympien par Phidias
Le temple d’Artémis à Ephèse
Le mausolée d’Halicarnasse
Le colosse de Rhodes
Le phare d’Alexandrie

Le petit garçon se promène dans le désert. Il se retrouve légèrement assoiffé au milieu des dunes. Alors qu’il commence à se demander comment se sortir de ce sale pas, il rencontre une grenouille qui se demande bien ce qu’elle fait là elle aussi, vu qu’il n’y a pas de puit ni d’oasis dans les environs. Eh ! Bonjour grenouille ! Que fais-tu ici ? Tu ne réponds pas ? Tu n’as rien à dire ou tu ne sais pas parler ? T’as reçu un sort ? Par un méchant génie ? Si tu ne me parles pas, tu n’as qu’à me suivre, on trouvera bien de l’eau ensemble…ou au moins on trouvera la sortie de ce désert qui kidnappe les enfants et les petites grenouilles.

Le pauvre bougre tout rachitique gisait complètement nu sur une table métallique. Son souffle rauque exhalait de sa gorge déformée, écrasée par les doigts agiles de son bourreau. Au stade de son supplice, il aurait bien voulu répondre au questionnement de cet horrible être, mais les mots ne pouvaient se former. Il avait le sang de son oeil droit, sorti de son orbite à la petite cuillère, qui dégoulinait le long de sa joue brûlée par un gaufrier chauffé à blanc. L’autre oeil était transpercé par un énorme clou de charpentier enfoncé au marteau. Une de ses oreilles avait été complètement décollée et arrachée. Il ne pensait qu’à un
mot et ne pouvait malheureusement pas le dire : fin !

Mais la torture du pauvre malheureux ne cessa pas encore, le bourreau avait plusieurs tours dans son sac. L’oreille posée sur la poitrine, il dut subir l’arrachage des ongles de la main droite et le découpage en rondelles de ses doigts gauches. C’était complètement atroce, inhumain. Le tortionnaire lui versait maintenant un liquide d’une vieille bouteille : ça fumait, ça rongeait les peaux jusqu’aux os. L’acide nécrosait tout ce qu’il touchait et faisait un trou dans son pauvre bide. Le pire était que malgré son corps meurtri et la douleur indescriptible qu’il ressentait, il ne s’évanouissait pas et gardait ses rêves intacts.

Une jeune femme à l’allure sportive fit une soudaine apparition dans la salle de torture. Elle prit juste une batte de baseball et décapita le bourreau avec un seul coup porté avec une froideur impressionnante. La tête de ce dernier roula directement dans un recoin de la pièce, les yeux étant restés grand ouverts on
pouvait croire qu’ils voyaient la scène sous un autre angle. La femme détacha les chaînes des poignets ensanglantés et des chevilles écrasées, nettoya le ventre, boucha le trou fait par l’acide, recolla les doigts et les oreilles, remis l’oeil dans son orbite et enleva le clou de l’autre, fit une bise sur la joue du pauvre bougre qui se cicatrisa instantanément, le remis sur pieds et tira sa révérence. Heureusement qu’il avait gardé ses rêves intacts.

Nom ! Prénom ! Adresse ! Profession !
La lumière de la lampe, complètement dirigée vers son visage l’aveuglait totalement. Il fit un mouvement avec sa main pour se protéger les yeux.
On ne bouge pas, je vous l’ai déjà dit !! Et ne faites pas le malin, je vous prie !
Que faisiez-vous le 10 décembre ? Dans la nuit entre 4 et 6h30 du matin ?
Tachez de vous souvenir, j’ai pas que vous à interroger !!Plus vite vous avouerez, plus vite je vous laisserai tranquille. Juste je dormais.
-Vous avez des témoins ? Non ? Vous me prenez pour un con ?
Euh, non, je vous y laisse. Et il se prit une baffe.

L’homme courait sans se retourner car il savait que les chiens avaient été lâchés et il ne fallait surtout pas perdre de temps. Mettre un maximum de distance entre lui et cette bande de fous furieux, c’était sa seule pensée. Il courait en zigzagant et en prenant soin de marcher dans tout ce qu’il évitait d’habitude : crotte
de chiens, banane pourrie, vomi de quelque alcoolique. Il fallait noyer son odeur avec d’autres relents afin que les chiens n’aient pas le travail facilité. Il commençait à ressentir la fatigue et un début de point de coté quand les aboiements se firent entendre. Alors, par fatigue et par désespoir, il plongea dans les égouts, et attendit que ça passe.

J’adore la période de Noël : les lumières qui clignotent dans le sapin, la recherche du bon cadeau qui va plaire à chacun, la préparation du réveillon avec l’ouverture des huitres, des bouteilles, l’excitation des enfants avant d’aller se coucher, la mine réjouie à l’ouverture des différents paquets, la joie d’être
ensemble, tout me plait. En ville, c’est beau, les arbres, rues, façades, vitrines sont décorées, ça scintille, clignote. Et quand il fait bien froid, que la neige est présente, c’est vraiment magique. Il fait bon de se retrouver devant la cheminée à l’abri du froid mordant de décembre, dans la chaleur familiale.

Et dans cette période de grand froid et de fêtes, j’ai quelquefois honte de moi. Deux chambres confortables vides à la maison alors que quelques pauvres types cherchent un coin abrité à l’entrée d’un parking, dans un carton sous un porche un peu moins glacial. Quelle misère ! Je n’ose pas proposer l’asile à une de ces personnes car j’ai peur qu’elle arrive avec ses potes de galère, qu’elle s’installe pour tout l’hiver. Et quand je pense qu’on traite mieux les voitures que les êtres humains, j’ai honte ! Honte de ces parkings chauffés, éclairés, avec petite musique, alors que des gens sont à la rue. Ces émigrés ne sont quand même pas des touristes en vacances !

Depuis quelques jours, elle a la nette sensation d’avoir perdu quelque chose en route. Une seule petite aiguille d’acupuncture bien placée au niveau de la clavicule et elle s’est transformée en une poupée gonflable. Sensation étrange. Pchichch !! Un poids en moins. Pchichch !! Un sentiment de légèreté l’habite depuis. Pchichch !! Un simple petit trou a suffi pour évacuer cet énorme malaise. Pchichch !! Le soulagement ressenti est incroyable. Pchichch !! La poupée gonflable ne s’est pas complètement avachie misérablement sans vie. Au contraire, elle a le feeling d’une résurrection, d’une mue, elle change de peau.

Un an déjà est passé depuis son départ.
Un an sans blagues, remarques bien senties, humour complètement décalé…
Un an sans projet intéressant,
Un an sans protection, sans reconnaissance,
Un an… vide.
Il faisait aussi froid qu’aujourd’hui, mais je garde le souvenir de notre dernière conversation et ça me fait
chaud au coeur. Ҫa fait un an qu’il me manque très souvent.

Je regarde ce berger, emmitouflé dans de grands vêtements bien chauds, une cagoule sur la tête et deux écharpes autour de son cou, ses bottes bien enfoncées dans la neige. Il a un bâton dans sa main droite et de sa main gauche, il caresse la tête d’un mouton. Son regard est clair, sa mine réjouie et il a l’air heureux. Seul dans la campagne toute blanche, les montagnes complètement enneigées à l’arrière plan, je ressens la chaleur qui émane de son coeur tant il a l’air serein à cet instant là. Il n’a pas froid, ça se voit !! Cette sensation de bien-être, son bonheur, éclaboussent toute la photo et c’est très agréable à ressentir. Il est beau cet homme.

Elle m’a téléphoné
Bla-bla, bla-bla
Téléphoné pour ne rien dire
Bla-bla, bla-bla
Dire des banalités
Bla-bla, bla-bla
Merde, ça me file des boutons !!

Il est le roi, il a chopé la fève.
La couronne sur la tête,
Son regard fait le tour de la table :
Il cherche sa reine
Ses yeux glissent sur chacune,
La fève coincée entre ses lèvres,
Je comprends qu’il est aveugle.

C’est son 1er amour et elle en est complètement dingue.
Elle commence à raconter des histoires invraisemblables à sa mère pour pouvoir sortir le soir, l’aprèsmidi, la nuit, tout le temps. Elle rêve en classe et ne récolte que des sales notes. Elle n’a que son amoureux en tête et ne réponds plus quand on s’adresse à elle. C’est la première fois qu’elle est submergée par ses émotions et les frissons de son jeune corps. Elle aime être dans ses bras, elle adore ses
lèvres, son sourire, ses baisers, le sentir allongé près d’elle, le ressentir en elle. Elle aime tout chez lui, absolument tout et elle a une certitude : leur histoire durera sa vie entière ! Un grand amour ne pose pas de questions et c’est surtout une grande provocation.

Il n’est grand que par le souvenir qu’on en garde.
C’est l’invention de son histoire qui en fait un grand amour.
C’est l’histoire d’une grande duperie que l’on se raconte, une supercherie que l’on se fait à soi-même. Un grand mensonge qui refait surface à intervalles réguliers et qui réchauffe le coeur.
Au bout du compte c’est une belle idiotie qui fait beaucoup de bien. Mais je reste persuadée que lorsqu’on n’aime pas trop, on n’aime pas suffisamment.

Que tu es chiante, ma pauvre fille !!
Toujours à rabâcher des histoires sans queue ni tête, à parler de gens qui ne sont connus que par toi, à te plaindre et gémir pour un oui pour un non, à raconter tout le malheur du monde Tu n’écoutes absolument personne, tu ne fais juste attention qu’à ta petite personne. C’est « Moi et mon nombril « ta vie. Et je te jure que c’est pénible à la fin !! Y’en a marre de ton attitude négative en permanence. Je ne supporte plus tes salades et ton rire de crétine m’est devenu insupportable.
Que tu es chiante, ma pauvre fille !! Et pourtant, je t’aime bien !!

Des trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous….
Et moi, et moi et moi
Ce sont des croix, des p’tites croix, toujours de p’tites croix
Sans être opportuniste
Je suis cruciverbiste
Et aussi crucifiliste
Des croix partout sur mon chemin ! C’est vraiment la croix et la bannière cette histoire !!

Et voilà que la fuite recommence.
Fuite d’eau qui, lorsque je m’en aperçois a déjà envahi la cuisine
Fuite de gaz, qui lorsque je m’en aperçois a déjà intoxiqué le chien
Fuite d’air qui, lorsque je m’en aperçois a déjà vidé le pneu
Fuite des heures, qui lorsque je m’en aperçois la soupe est froide
Fuite du temps, qui lorsque je m’en aperçois je suis déjà vieille
Mais où est donc le plombier ??

En avant, marche !
Une, deux, une, deux,
Droite, gauche, droite, gauche,
Ça use, ça use les souliers
Les semelles sont trouées,
Les talons sont éculés, mais,
Ça enrichit les cordonniers.

Oranges
Pommes,
Bananes,
Pamplemousses,
Kiwis,
Cinq fruits par jour,
Pas de compromis, ce sont les recommandations !!

Je l’ai dans la peau,
Les nerfs à fleurs de peau,
Peau de chagrin
Peau d’âne,
Faire peau neuve,
Changer de peau,
Sauver sa peau !!

C’est énorme !!! La pirouette sur le ballon puis sur le cheval est extraordinaire. Il est monté sur ressort. Il maîtrise totalement ses nombreux bonds et les réalise avec grâce, agilité, silence et précision. Il est rapide comme l’éclair et pulvérise ses adversaires avant qu’ils n’aient réalisé sa présence. Il circule comme un
fantôme, à moitié éthéré, à demi invisible.
C’est énorme !!! Il semble glisser, planer. C’est vraiment impressionnant de le voir se mouvoir avec tant
de force et de légèreté, de présence !
C’est un maître Kun Fu !

Ton coeur s’affole comme un oiseau en cage.
Ton visage s’éclaire d’un magnifique sourire.
Tes mains s’agitent gracieusement autour de tes longs cheveux.
Ton souffle s’accélère impatiemment.
Oui, il arrive !!! Tu vas enfin le revoir, le sentir, le toucher.
Tu vas pouvoir poser ta tête sur ses épaules, te réfugier dans ses bras, t’imprégner de son odeur.
Tu vas aimer une fois de plus.

Hier encore il était un adorable bambin
Aujourd’hui il me dépasse de plusieurs têtes
Hier encore il trébuchait à chaque pas
Aujourd’hui il avance fièrement droit devant lui
Hier encore il chantonnait doucement
Aujourd’hui il affirme haut et clairement ses idées
Il est vraiment génial mon gamin !!

Génial !
Ce type un peu rondouillard qui souffle dans un saxophone en se déhanchant !
Génial !
Ce gringalet ébouriffé qui tricote des notes sur le manche à 10 cordes de son stick
Génial !
Ce batteur joyeux qui impulse un rythme funky sans relâche
Ce trio de jazz qui m’a enthousiasmée. Génial !

Ils sont toujours là, pratiquement les mêmes qu’il y a un mois…………
Aucune amélioration,
Pas d’espoir de guérison,
Juste un peu plus de dégradation………….
Et moi, je ne les regarde pas comme des creuvards en puissance.
Je ne vois que des êtres humains qui ont encore un peu de temps pour eux, pour aimer ce temps et le remplir au mieux . Pauvres BDR !! (Bout Du Rouleau)

Il faut râper les carottes et émincer finement les oignons.
Ensuite on fait une petite omelette dans laquelle on rajoute un peu de farine, de la chapelure, du sel et du poivre et de la féta émiettée.
On mélange le tout. Il faut bien touiller afin que les carottes soient bien enrobées de pâte.
Puis on fait chauffer une poêle légèrement huilée. Avec une cuillère, on fait des petits tas de carottes
qu’on aplatit un peu afin de réaliser des galettes. Cuisson quelques minutes de chaque coté pour qu’elles
soient dorées et………on se régale !

On brûle tout chez nous.
Les relevés de comptes, les anciennes factures, les cartons, les journaux, les vieilles lettres, les cageots, et les branches d’arbres décapités il y a quelques années. Mais cette fois-ci, c’est encore plus chaud : on brûle de vieilles planches, étagères d’occasion et premier lit d’enfant, fauteuil pourri centenaire, guitare d’adolescent jamais accordée………..On brûle les souvenirs encombrants et inutiles, ceux qui prennent de la place et qu’on ne regarde jamais plus. Grand ménage !! On fout le feu à la baraque !


Écrits en vrac en vue du l'atelier du 15 décembre 2009
Écrire 7 lignes par jour
Stéphanie Enjalbert

1 - Pas de limite
2 - Et ça m’excite
3 - Pose tes mains sur l’incipit
4 - Qui te titille et qui t’invite
5 - Vite, vite, vite
6 - Je sens mes ailes qui s’agitent
7 - Mets le couvert et prends mon gîte

8 – Fildefériste, funambuliste
9 – Somnambuliste idéaliste
10 – File le temps des notes tristes
11 – Tu me séduis et je te piste
12 – Mal à mon âme, mal intimiste
13 – Tu me reprends, je me désiste
14 – Je te défie et tu résistes

15 – Coude au comptoir
16 – Coups de hachoir
17 – La pie qui vole a les yeux noirs
18 – Il fut un jour, il fut un soir
19 – La lune en forme de poire
20 – La cheminée qui broie du noir
21 – Le puits déborde, il va pleuvoir

22 – La nuit tous les mâts sont pris
23 – Entends le chant des Walkyries
24 – Le galop des sirènes échevelées de cris
25 – Mon écrin qui se fend attire les fourmis
26 – Dévoile les secrets au langage infini
27 – Et puis, et puis
28 – Sur l’herbe hallucinée, le vertige qui gît

29 – La joie qui danse avec les doigts
30 – Ourle les heures d’un fil de soie
31 – Les mots s’enroulent dans ta voix
32 – Echarpe fluide couvre-moi
33 – Et si jamais l’amour prend froid
34 – Signe de vent, signe de croix
35 – Les pavés de l’enfer mènent toujours à toi

36 – L’anacoluthe en fête
37 – Egare les prophètes
38 – L’anaclitique anachorète
39 – Paumé dans la tempête
40 – S’abîme dans ma tête
41 - Et l’aube analphabète
42 – Hurle comme une bête

43 – A pas comptés, à chat perché
44 – L’échelle des jours monte au grenier
45 – Le Diable joue à la poupée
46 – Narcisse admire son reflet
47 – J’ai trouvé l’araignée
48 – En train de tricoter
49 – L’orgueil et la fierté

50 – Enfile tes gants que je te boxe
51 – Et vlan, un coup dans le plexus
52 – J’ai goûté ton Viandox
53 – Et vlan, un coup pour l’angélus
54 – Tu as rué dans mon box
55 – Et vlan, un coup de plus
56 – Sur ta belle gueule d’intox

57 – Quand le train entre en gare
58 – La Tour Eiffel se marre
59 – Toulouse éteint ses phares
60 - Le Capitole s’égare
61 – Dans les fouilles barbares
62 – Qu’ai-je trouvé de rare
63 – A part une queue de lézard ?

64 – Pas de pitié pour le violon
65 – L’avait qu’à pas hausser le ton
66 – Même le clavecin était un con
67 –Y avait qu’à pas, y a qu’à faut qu’on
68 – Se mette au diapason
69 – S’accorde sur les raisons
70 – Accord de do en ut ronchon

71 - La farandole des guignols
72 – Qui défilent en faux cols
73 – La clé de voûte sodomise la clé de sol
74 – Qui croyait prendre son envol
75 – La Basilique hausse les épaules
76 – Tant pis si les anges dégringolent
77 – Et si Marie picole

78 – Ulysse échoué sur la plage
79 – Attend Nausicaa en nage
80 – Dieu que les enfants sont sages
81 – Et tu enrages
82 – Ce n’était qu’un mirage
83 – Qui étreint les images
84 – Posées sur mon rivage

85 – Trompettes de la mort
86 – Essoufflez vos remords
87 – Empourprez les cadors
88 – Livrés aux picadors
89 – Que la haine ensanglante les corps
90 – Tu seras là encore
91 – Piégeant mes larmes absentes, mi amor

92 – La pute rousse
93 – Quand elle glousse
94 – Ses lèvres se retroussent
95 – Les dents tordues ça fout la frousse
96 – Ça mord les bourses
97 – A bout de course
98 – A mort les ours !

99 –   Rage rentrée, rage dedans
100 – Le papillon exsangue dans le vent
101 – Meurt à l’orée des matins blancs
102 – Le chant des Innocents
103 – S’éteindra doucement
104 – Comme le souffle des amants
105 – Agonisants

106 – Je suis la femme caméléon
107 – Arc-en-ciel en jupon
108 – Je veux des bleus tu es marron
109 – Fille et garçon
110 – Ange et démon
111 – Dans toutes les positions
112 – Toi tu as tort et j’ai raison

113 – Souffrance
114 – Espérance
115 – Autant d’interférences
116 – Pour ton indifférence
117 – Qu’est-ce que je manigance ?
118 – Je danse
119 – Avec tes transes

120 – Pour noyer mon cafard
121 – J’ai suivi les fanfares
122 – Hanté les halls de gare
123 – Ecumé tous les bars
124 – Laissé faire le hasard
125 – J’ai croisé ton regard
126 – Maintenant, il est trop tard

127 – Quel est ce drôle d’oiseau
128 – Caché dans les roseaux
129 – Qui a vidé mon Zippo
130 – Qui a vidé mon frigo
131 – Qui a volé mon chapeau
132 – Et tous mes bibelots
133 – Avec mes trémolos

134 – De ces soirées si longues
135 – Où l’onde vagabonde
136 – Embrasse les secondes
137 – Et emporte mes songes
138 – Il ne me reste rien
139 – Qu’un souvenir amer
140 – Une vague, une pierre

141 – Sur mon disque dur, j’efface
142 – Les traces
143 – En remontant à la surface
144 – J’efface
145 – Les traces
146 – De limace
147 – Sur ma glace



148 – Au plafond
149 – De ma dépression
150 – Il y a un paillasson
151 – Qui joue du balafon
152 – Ainsi font, font, font
153 – Les petits papillons
154 – De la dépression

155 – L’encre de mes envies
156 – Vit de grenier et d’anges heureux
157 – Repus de rêves au pied du prince
158 – Principalement mais pas seulement
159 – Mensonges aussi font leur régal
160 – Galettes de riz et de maïs
161 – Hissent les voiles de mes envies

162 – A la fin de la semaine
163 – Y a toujours Dédé qui se ramène
164 – Parfois avec sa grosse baleine
165 – Alors que moi je rêve de sirènes
166 – D’eucalyptus et de verveine
167 – Franchement, j’ai pas de veine
168 – Et la vie, avouez, c’est une chienne

169 - Ma voisine de palier, une vieille dame très âgée,
170 – Un jour a invité Alzheimer à dîner.
171 – Il a tellement aimé son hachis parmentier et sa crème brûlée
172 – Que pour souper il est resté et pour dormir s’est incrusté.
173 – Il n’est jamais reparti. Jour et nuit il demeure aux côtés
174 – De ma voisine de palier. Depuis elle me prend pour sa mère.
175 – Tous les dimanches elle vient manger chez moi avec son copain Alzheimer.

176 – La solitude lui marche sur les pieds.
177 – Bras emmêlés, haleines et regards alcoolisés.
178 – La salsa endiablée fait gémir ses lames écartelées
179 – Par la sueur salée qui coule des géants déhanchés.
180 – Implorant que s’arrêtent les rires et les baisers
181 – Voudrait juste qu’on lui foute la paix, pauvre parquet
182 – Qui en a rien à cirer de tous nos voeux de bonne année.

183 – Par delà le miroir
184 – Tout au fond du couloir
185 – Tout en bas de l’armoire
186 – Tout au fond du tiroir
187 – J’écoute le silence broyer du noir
188 – Je lui raconte des histoires
189 – Des histoires de cafard

190 – J’ai la tête qui défaille
191 – Tous ces bruits qui m’assaillent
192 – Tous ces oiseaux qui piaillent
193 – Tous ces enfants qui braillent
194 – Tous ces trains qui déraillent
195 – Dans cette foutue pagaille
196 – Comment voulez-vous que je travaille ?

197 – J’en ai pourtant connu des boulets
198 – Mais celui-là c’est un méga musclé
199 – Du style poids lourd et pas gêné
200 – Devrait manger du taureau ailé
201 – Ca le rendrait peut-être plus léger
202 – Allez, encore un texto qui est arrivé
203 – Bon, c’est pas gagné !

204 – What a wonderful world
205 – Disait la corde à Léopold
206 – This is a good day pour mourir
207 – Disait la balle à Zéphyr
208 – Just do it
209 – Disait les barbituriques à Edith
210 – On les enterre aujourd’hui, baby don’t cry

211 – La voilà, j’entends la mort cogner à la porte
212 - Elle est là, avec toute sa cohorte
213 – De valets, de servants, son escorte
214 – Elle veut que j’ouvre, que je sorte
215 – Elle me croit faible mais je suis forte
216 – Pas question d’obéir de la sorte
217 – Je sais : je n’ai qu’à faire la morte

218 – De la fougère couchée sur la pierre,
219 – Ou de la pierre qui l’a reçue, laquelle des deux matières
220 – A conquis l’éternité la première ?
221 – De l’écrivain ou de son oeuvre,
222 – Lequel des deux a fait la preuve
223 – De son immortalité
224 – Ou de sa vanité ?

225 – Mise en abyme, mise en péril,
226 – Mise en pli, mise en boîte.
227 – Casser sa pipe, couper le fil,
228 – Briser les liens d’une vie trop étroite,
229 – Aller sans retour sur les eaux du Nil,
230 – Plonger dans les eaux miroitantes,
231 – Dormir au creux des écumes filantes.

232 – Paillettes mouillées au coeur des pâles iris
233 – Reflets épris de doux caprices
234 – Ensorcellent les jeteurs d’épices
235 – Attisent le chant des maléfices
236 – Invitent à boire aux lèvres du calice
237 – Les larmes versées en sacrifice
238 – Aux dieux des artifices

239 - Et quand je partirai au centre de la terre, de la noirceur,
240 - Je partirai sans armes, sans bagages et sans pleurs.
241 - Sur le chemin plongeant qui mène à la moiteur,
242 - Les lumières seront comme autant d’étincelles qui guident les passeurs.
243 - Au bord de ce chemin qui mène au précipice où palpite mon coeur,
244 - Y aura-t-il des cris ou des rumeurs ?
245 - Des frères ou des tueurs ?

246 - La route sera longue et il faudra la peur
247 - Pour amorcer le geste salvateur.
248 - Dégouline la peur au coeur de la moiteur.
249 - Sur ces terres inconnues où je suis attendue,
250 - Je vois déjà la lande ondoyer sous la pluie,
251 - Une pluie torrentielle qui délave les couleurs
252 - De la douleur.

253 - Au sommet d’une tour un homme guettera l’arrivée
254 - Des foules éreintées venues se reposer.
255 - Il descendra alors pour se jeter au pied des dieux inanimés,
256 - Et le flot continu des pauvres et des déshérités
257 - Viendra longtemps enfler les rangs des âmes délaissées.
258 - Dans leurs yeux fatigués on trouvera la mort, l’oubli et la gaieté.
259 - De leurs bouches édentées jaillira la parole qui porte haut le sens de la médiocrité.

260 - Le chemin sera long qui mène à la langueur des attentes pressées.
261 - Les enfants seront nés et les hommes fatigués.
262 - Et la rumeur qui gronde sous leurs pieds
263 - Réveillera la lutte endormie dans les prés.
264 - Le chemin sera long qui mène à la rondeur de la lune effarée.
265 - Et certains se diront : il faut continuer, là où d’autres auront abandonné.
266 - Et ils avanceront, là où d’autres seront déjà tombés.

267 - Le chemin sera long qui mène à la hauteur des rêves enchantés.
268 - Et les hordes assoiffées rêvant de fontaines glacées
269 - Ne verront que du sable aux confins des déserts.
270 - Longtemps encore elles devront résister à l’appel de la mer.
271 - Les montagnes salées, mirages de vent poudré
272 - Les crevasses gercées de larmes ensanglantées
273 - Sauront guider leurs pas jusqu’aux rivages de la beauté.

274 – Il m’a dit : c’est un véritable embrouillamini !
275 – Aurais-je manger trop de brocolis ?
276 – Absolument pas, c’est encore bien pis !
277 – Je vois de la vie, de l’énergie, de la furie aussi
278 – Je vois une carpe habillée d’un treillis
279 – Et une fleur au bout de votre fusil.
280 – Incroyable tout ce que l’on peut mettre dans un torticoli !

Écrits en vrac en vue du l'atelier du 15 décembre - 7 lignes par jour
Yves Perez

6 Oct 2009
Effluves sonores. Murmures, tout d'onde vêtues. A qui appartiens tu ? 

10 Oct 2009
Théodore, aux ordres d'autrui, ne savait que faire de sa vie. Abandonnée, en son for intérieur, on décidait pour lui. On Fabriquait pour lui, ses attitudes et ses réponses, tout son comportement de vie.
Il le disait souvent, je chemine dans la vie, comme une brume boisée dans le conduit d'une cheminée.

13 Oct 2009
Théodore, jeune garçon au teint roux, à l'allure svelte, ne gardait sa langue dans sa bouche que lorsqu'ils'agissait de mâcher. Chewing-gum, guimauve, sucreries en tout genre.

14 Oct 2009
Ma vie, cheminement d'une fumée, dans le conduit d'une cheminée. Crépitement, source de vie, chaleur intense, destruction de matiere, puis recomposition, de cette dernière. Dans le bel âtre, d'une beauté
saisissante, ma vie prend source, crépite, au temps présent, puis, se consume, assentionnel.

17 Oct 2009
ah, les airs aimés, d'Aimé Cesaire, nous ont conquis, délivrés même, de notre cécité, nous, les blancs becs.
Couché sur le papier, un tourbillon de mots, telluriques, magmatique, cherchant la profondeur de notre humanité.
Tes écrits sont une ancre, qui nous attache à la terre ferme, nous faire prendre conscience de nos racines minérales et terrestres.

19 Oct 2009
Théodore erre, dans ce monde circulaire. Il se perd, à trop vouloir avancer. Revenant toujours sur des traces, déjà foulées, des plates bandes, déjà empruntées. Est ce vivre cela ?

21 Oct 2009
En attendant, mes mains filent, sur un corps nu d'azur. En ombres japonaises, elle effleurent, parfumées au Saké. Rectilignes et sereines, elles lâchent sans amertume, un train d'écume, comme ces avions, qu'on voit très haut, les jours d'hiver et de lumières.

23 Oct 2009
Théodore, fumée montante, joue avec la lumière. Poussière et vapeur d'eau, évanescentes se prennent pour montgolfière. Allez, chevauche la nature sauvage, rocaille, rivière débordante, plaines et vallons abrasés par le vent.

09 Nov 2009 St Théodore.
Lui, ses abdos de minot, des plaques toniques, des dominos : assis devant la cheminée, il voit s'envoler ses pensées dans le conduit, silencieuses, éconduites. Les volutes légères comme ces pensées amères suivent, en réalité, le chemin vers la liberté : au delà du conduit de pensées contraintes, il y a l'air libre.

10 Nov 2009 :
J'écris en révérence, en référence au swing et à son maitre coq, qui fait sonner les mots, comme la pendule sonne midi. Le petit boxeur fou a fait naitre un chaos qui ne demande qu'a danser. Qu'a faire danser, oui, la densité, la matérialité, que constitue mon corps.

11 Nov 2009 :
J'ai l'éthique qui colle à la peau …. ça me gratte pas.

28 Nov 2009 :
Les saltimbanques ont la vie dure
A voir leur pale figure
et tout ce qu'ils endurent
la mine blafarde.
On leur promettrait bien un voyage, pour amuser un peu.
Les sales teints banques.
La société leur fait payer
Une conception des libertés qui ne colle à aucune des simagrées du monde qui les entoure, qui les observe, et qui ne rêve, en secret, que de les imiter.
La diaspora au teint vermeille
celle des nantis et des travailleurs,
des aliénés, maintien sur ces banquiers absurdes, une pression constante et leur montrer qu'il faut souffrir pour être libre et insouciant.
Le clan des saltimbanques, ces rêveurs patentés,
se reconnaissent à leur désir d'Everest.
Incrédules montant, escaladant, vers l'unique blancheur qui vaille.
Faites payer les banquiers, cessez donc de faire souffrir les teints blafards, qui ne demandent qu'a vivre dans leur digne lumière.
Oui, faites payer les pauvres d'esprits. Enfin, qu'ils banquent.

10 dec 2009
J'ai l'alarme à l'oeil, comme une tristesse urgente.
Si je pleures, elle s'en ira ?

Écrits en vrac en vue du l'atelier du 15 décembre 2009
Écrire 7 lignes par jour
Alfred Manuel

19 décembre 2006 
Le crabe pour de faux
Pas même surimi
La Dame à la faux
M’a souri
Elle me promet l’extase
Désastre au logis
Adieu au tropique
Finie l’utopie

Les jeux sont faits
Rien ne va plus
Phrase terminale
Les rêves rient et ils sont bien linceuls
Les hôpitaux ont une hospitalité
Dont on trépasse bien
Ils en connaissent un rayon


Partir sans pâtir c’est épatant
Mais pas tant pour toi qui restes
Tiens-moi l’amen, sois mon Ôm
Que ton oraison résonne
Avant que le glas ne sonne
Je pense à moi alors que tu me panses
Mon repos t’épuise et tu m’aimes
Dieu te le rendra, j’y veillerai
Mon ange

Ma plume sèche, les mots me manquent
Violettes, canal, saltimbanque
Qu’en faire ? Comment les unir ?
Les croiser ? Les reproduire ?
Chercher les racines oubliées ?
Les organismes grammaticalement modifiés ?
Le maître de la greffe est parti,
Il a rendu son tablier
Le jardin des mots est en friche
Le chiendent est roi, le trèfle n’a pas de coeur
Les yeux piquent
Mes vers claudiquent
Ils sont bancals
Les tiens l’étaient parfois
Comme pour mettre en valeur les autres
Ceux qui tenaient bien sur leurs pieds
Pour nous faire prendre le notre

Pétard de sort
Coquin de bon Dieu
Des langes aux adieux
Plein pot, échappement libre
Fureur de vivre

21 octobre 2009
Cet exocet
Oiseau des profondeurs
Nageur de haut vol
Missile sans domicile
S’il s’échoue sur un pont
Même s’il manque d’air
Connaîtra la chanson
--ooOoo--

Je t’ai laissé un mot sur le meuble de la chambre
Ma prose sur la commode
J’y parle de tes fesses roses, de leur parfum d’ambre
Je dois sortir gagner notre pain
C’est vieux comme Érode
D’aller bosser tous les matins
Vivre de mes écrits me taraude
--ooOoo--

22 octobre 2009
Qui veut la paix prépare la guerre, qui veut la guerre recrute des mercenaires. Les affres des affreux qui doutent de leurs commanditaires les rendent nerveux au fond de la rizière.
Combattants en solde, liquidation totale, tout doit disparaître, les ordres sont clairs. En moi, les factions rivales s’affrontent sans merci, pour des causes perdues, des conflits de survie. Tu m’as manqué, ajuste ton tir. Jouons sur la détente, soyons légers. Faisons assaut de politesses, lâchons la ligne d’affront. Décrochons un sourire, un accord de musique. Cessons la partition
pour rejoindre notre unité, pour une paix des braves méritée.
--ooOoo--

23 octobre 2009
Patience / Pas science, Raison / Oraison. Déraison. Je m’écarte de Descartes. Rien ne va plus,
les jeux sont faits. Tu me fends le coeur. Je râle dans mes bas-fonds. Je piaffe d’impuissance.
J’échafaude et condamne faute d’exécuter. Bourreau à bourrelets.
La campagne me hèle et la ville me happe. Quitter le rose pour le vert, ça coule pourtant de source. Me retrouver comme un poisson dans l’eau. Buller, rêver sans sommation et cultiver mon jardin, avec soin et amour en espérant la récolte. Si c’était le secret ?
Bien planté dans mes racines et nomade dans la tête. Pisser dehors, enfin…

24 octobre 2009
Jeudi, j’ai gagné un frère. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être sur le chemin d’en perdre un. Souffrance s’écrit avec deux “f”. Sous-France. Je voudrais trouver une alternative. Je me voiscontent de partir. Sans rien régler ? Merde à l’exil, aux distorsions. Querelles de cour d’école, d’égos blessés. Jalousies, prérogatives. territoire et dictature. C’est pas moi c’est lui. Merde !
M’aimé-je assez pour me couper de ceux qui sont sensés m’aimer ? Culpabilité bien ordonnée commence par soi-même. Je n’ai pas réagi, j’ai laissé dire par peur de ma violence, d’un point de non-retour. La brique était dans mon ventre et regardait demain.
--ooOoo--

26 octobre 2009 
J’ai un chaman dans la gorge ; il voudrait faire de l’esprit. Ce qui ne m’empêche pas d’avaler des couleuvres. L’évolution est-elle une fuite en avant ? La conquête de soi exige-t-elle de brûler ses vaisseaux ? Être différent sans être déférent c’est s’attacher au détachement. S’extraire de l’ancien c’est y laisser la peau, du coup, on se l’écaille. J’ai peur de ma froideur. J’en ai assez de
me faire marcher sur les pieds, d’être soumis à un chantage effectif comme un petit glaçon. Jusqu’à fondre, perdre ma consistance, me liquéfier et perdre mon intégrité, ne plus me reconnaître. Jusqu’à bouillir et devenir vapeur.
--ooOoo--

27 octobre 2009 
Actualité râpeuse. L’actualité rature les phrases inutiles, souligne les répétitions, pour haler à l’essentiel, pour râler à l’envi. Je rêve de vacances et je fais un bide. Emmener mon nombril sur une île déserte me semble un must, un luxe. Comme changer de Cartier. Je me sens mis en trop, surnuméraire. Radicalement, Gentil aux croyances déviantes ; un païen quotidien. Lâcher l’ancien et promouvoir le Nouveau, l’Histoire bégaie encore une foi. Heureusement, d’autres sources m’entourent, me confirment, me réassurent de leur soutien. La qualité du choix qu’on s’entende pourrait-elle compenser l’absence de consensus ?
--ooOoo--

28 octobre 2009 
Chef ! Commandant de bord, commandant d’abord. Commander surtout. À la barre, au compas et toujours d’équerre. Contre vents et marées, sans vague à l’âme. Pour les femmes et lesenfants, avec ardeur faire bouillir la marmite. Au piano, à la baguette, au four, au moulin, porter le chapeau, le couvre-chef, quitte à avoir plusieurs casquettes. En dur-à- cuire il serre les dents, tient bon et se contient, grand seigneur et maître de lui. Il parade, elle se pare. Il pare les coups,
elle se prépare. Elle est en rade, il se radine. Elle a ses nerfs, il la vénère. Elle le convoque à la barre et le juge, il ne l'acquitte pas. Rengaine !
--ooOoo--

29 octobre 2009 
É mé lé mo                     Aimé les mots
De nou ga ro                   De Nougaro
Si dou si bo si fou           Si doux, si beaux, si fous
Sou lé dé mo                   Saoulé des mots
De nou ga ro                   De Nougaro
Sou ri ra vi                      Souri, ravi
Gou té la vi                     Goûté la Vie
--ooOoo--

30 & 31 octobre 2009 
Dans ton square je tourne en rond
Le square qui porte ton nom
Place du marché aux cochons
Là où l’Espagne a sa maison
Ce victorieux exil où le vaincu attend
Me fait prendre l’oxymore aux dents
Mon corps et mon esprit vacillent
Entre marteau, faucille
Et banderilles

La bouse des toros m’indispose
Je vois rouge dans la ville rose
Je rêve parfois de mon pire aîné
No pasarán pourtant il est passé
Vainqueur au nom de Dieu
Et pourchassant mes vieux
Pour un succès damné
Ersatz de Majesté

Ho ! Claude !
Dénoue le garrot qui me bloque la glotte
Cessons le coup de poing et place à la parlote
De par ton sang crépu en exil tu excelles
Mon bras sur tes épaules, le tien sous mes aisselles
Gladiateurs adossés au centre de l’arène
Cyclopes syncopants charmés par les Sirènes
Oublions les pin-pon, ces tristes notes bleues
Partons pour l’homérique pour la patrie des dieux
--ooOoo--

1er novembre 2009 
Les français sont dévots. Aujourd'hui, les églises sont pleines et les cimetières fleuris. On célèbre, en grande pompe funèbre, saints et morts confondus. Un exercice pour les forts en chrysanthème. Toi, le Petit Taureau, tu as rejoint le paradis Noir pour une tournée des grands Duke. Je t'y vois faisant swinguer le choeur des anges. Ils claquent des ailes pour marquer le tempo sur une impro avec le Christ en thème. Fini de séparer le bon grain de l'ivresse, tout le monde est soul. Les vivats des défunts font trembler les vivants. Dans les profondeurs caudines on reprend ta coda. La Création est en récréation. Aujourd'hui, ton verbe me manque, ma plume est plombée. Je guette dans le silence le fredonnement des anges qui passent, la plume ébouriffée.
--ooOoo--

2 novembre 2009 
Le tocsin gris pâle rend les sax aphones faute de public ; l’Etat deale la came des labos qui jouent aux cobayes. Jouer à la bourse, ça rend flu. Je deviens asocial sous la charge des Campagnes Républicaines de Sécurité et je bats le rappel du bon sens pour éviter que chacun chez lui se barricade. Au fric, tu préférais l’Afrique, aux apprentis, l’amour-sorcier, aux blouses blanches le blues Noir et tes vers à ta santé, jusqu’à la dernière goutte. Même si tu as eu les espagnols en
grippe, les dégâts sont minimes, tu as depuis allumé bien des calumets de la paix. Aujourd’hui, tu reposes dans ta seule concession et tu continues à faire des vers. Chapeau l’artiste !
--ooOoo--

2 novembre 2009 
J’ai le gourdin dégourdi. Au pieu, je suis une épée, un as de la mise sur orbite, du corps à corps épique. J’ai la trique charismatique, mon colosse bosse mieux qu’un olisbos. Je m’abreuve aux sources de plaisir que je fais jaillir. Elles coulent et roucoulent sous les assauts tendres de mon membre. Je réveille la toison qui dort, ça fait jaser, c’est cocasse. Toutes se promettaient. Je suis
une invitation permanente à s’ébattre, un obélisque à faire craquer la pomme de la discorde. Jamais je ne connais de trêve, toujours au garde-à-vous, baïonnette au canon, même si régulièrement, un sang impur abreuve vos sillons.
--ooOoo--

3 novembre 2009 
Les bancs publics sont déserts, une bruine insistante annonce la fin des beaux jours. Il ne fait pas encore froid, je porte obstinément mes sandales ouvertes pour conjurer le sort qui me verra bientôt remettre des chaussettes. J’aime avoir les pieds libres, au large, à l’aise. Je retarde toujours le moment des les enfermer, de les contraindre dans des souliers. C’est l’automne et bientôt, le chauffage deviendra incontournable. J’ai des envies de feu de bois et de confort douillet après le labour du potager, préparé pour l’hiver. J’ai des envies de regarder les feuilles tomber des arbres. Je sens le besoin de ralentir, de lentement me préparer à hiberner, me mettre au rythme de la nature. Somnoler.
--ooOoo--

4 novembre 2009 
Les fêtes approchent, l’ambiance est à la patience. Il faut faire la queue mais c’est pour la bonne cause. Les petits seront contents car leur cadeau sortira de l’ordinaire. Rien ne manque, depuis les vigiles jusqu’aux photographes. Il faut dire que c’est le moment où jamais de l’approcher, de lui parler et ce moment tant rêvé, tant attendu, tant désiré est enfin là. Du moins, là-devant, au bout de cette queue immobile. Les chanceux qui l’ont approché repartent, le sourire aux lèvres et les yeux brillants. J’ai passé l’âge, non ? Pourquoi aurais-je un traitement de faveur ? J’ai pourtant envie de croire au Père Noël.
--ooOoo--

5 novembre 2009 
Mon corps râle et ça ne m’enchante pas. J’ai des tambours dans la tête et un peu le bourdon ;quelque chose cloche dans mon estomac. Ce doit être la grippe et c’est pas du pipeau. J’ai les guitares qui flageolent, mes genoux font bravo. Je rêvais d’une musique de chambre, pas de pot. Ma bonne fée me propose de me réaccorder. Allongé sur le dos, comme il est de bon ton. Je me livre à ses doigts, elle connaît la musique et dirige en Maestra mes organes en panique. Revoici l’harmonie dans mon corps, c’est magique. Rien ne s’oppose plus à ma réussite
--ooOoo--

6 novembre 2009 
La pêche à la ligne, voilà la consigne. Pour trouver des vers, il faut se creuser. Pas n’importe où. La foire à Neuneu des neurones ne leurre que les amateurs. Écrire avec les tripes, c’est de l’ego sans trique, réservé aux femelles aux entrailles fécondes. Écrire avec ses couilles, ça peut faire mâle. C’est éjaculatoire, ça fait un effet boeuf mais ça n’a pas de suite. Écrire du fond du coeur, de la croisée des sangs, écrire pour la vie, dans un palpitement. Des poissons écarlates viennent à la surface, se laissent harponner par ma plume impatiente, puis repartent au fond, dédaignant mon hameçon.

7 novembre 2009 
Aujourd’hui, Dieu est Maure. C’est dur à avaler. Nous étions prévenus : les derniers seront les premiers, arrêtons de nous mettre martel en tête. Mourir au nom de Dieu ne vaut pas un radis. Croyants et infidèles, Croisés et Sarrasins, circoncis ou pleine peau, portant turban, calotte ou kippa, les va-t-en guerre sainte jouent à celui qui priera le plus loin. Parfois, j’ai l’impression que tous les barbus se valent et qu’il est plus facile de voir le dogme dans le livre du voisin que l’intégrisme dans le sien. En attendant, la vérité semble être comme les femmes, dans les lieux de culte elle doit entrer voilée.
--ooOoo--

8 novembre 2009 
C’est dimanche. Je me suis réveillé avec un goût de nomadisme dans la bouche ; comme un parfum de yourte, de levée de camp. Désir de changer d’adresse et de carnet d’adresses, selon un cycle naturel et immémorial, au gré des saisons et des inclinaisons. Comme un appel d’ailleurs, une incitation à me lever et reprendre le bâton. Dérouiller mes jambes et remettre un pied devant l’autre, au rythme de mon troupeau, vers de meilleurs pâturages, selon la course du soleil. Certains suivront, d’autres nous attendent pour faire un nouveau cercle, une nouvelle étape sur le chemin de vie. Aujourd’hui c’est dimanche. Repos.
--ooOoo--

9 novembre 2009 
L’esprit des lois est dans la lettre, serai-ce une histoire de facteur ? Dieu m’a écrit et je me fais un sang d’encre. Si son message reste lettre morte, va-t-il me remettre au pli ? Je reconnais l’entête, je suis bien le destinataire. Le cachet de la poste faisant foi, je préfère accuser réception, ça reste une preuve. Le papier timbré, c’est de bon aloi et les écrits restent. En y repensant, je ne sais pas si j’ai bien fait parce que du coup, je ne peux plus dire que je ne savais pas. Je ne peux
plus reculer, il faut que je sache, que je déchiffre le message. Vous ne le croirez jamais, c’est une demande en mariage !
--ooOoo--

12 novembre 2009 
Maison, sucrée maison. La saison est à la boisson, comme pour contrebalancer le haut niveau d’informations distillées tout au long des jours précédents. Crochet au foie après une telle infusion de foi. Dire oui à la Vie, accepter la gloire et Laglorieuse. Rester dans la danse, se laisser porter par le rythme, suivre le tempo. Pas trop vite, gérer les contre-temps qui mettent du relief, sans se décaler. J’ai bien l’impression d’avoir grandi lors de ce séjour Santi-Crucien et que les portes continuent de s’ouvrir. Comment associer les fondations hébraïques aux mystères de la nature que le Lot semble vouloir m’offrir ? À suivre…
--ooOoo--

13 novembre 2009 
Bla - blabla - bla… J’échange pour que tu changes, écoute-moi ! Je dis tous les jours, je dis les mots. Je me dis et j’en saigne aux quatre veines. Je me conforte et tu t’agrippes. Je nous dis mais tu ne l’entends pas de cette oreille. Je discours, je m’allonge, je te veux complice, prodigue de bénédictions. Tu rumines, tu nies mes dires, témoignes en faux, me désargumentes, mets à bas ma loyauté. Alors je fais le sourd, je rentre dans ma coquille. Je cherche la faille, ce qui cloche
dans tes raisonnements. Je m’impatiente, je te nie, te dévalue. Jusqu’à siffler la fin de la rencontre. Jusqu’à la prochaine. Moi aussi, je t’aime.
--ooOoo--

14 novembre 2009 
Ecrire, c’est tourner des pages ; c’est une thérapie des maux par les mots. Hier, une vieille blessure enfouie a été guérie. Hier un colonel m’a publiquement proposé un contrat pour réintégrer la gendarmerie ! Un officier nouvelle génération, jeune, dynamique et ouvert. Hier, j’ai compris que l’avenir que je m’étais projeté dans cette arme et qui m’avait fait la quitter n’était pas tout à fait juste. J’aurais probablement eu accès au corps des officiers. Hier j’ai appris que le gendarme qui m’a remplacé est aujourd’hui lieutenant. Il est usé, aigri. Il m’a montré que j’ai bien fait de partir. Hier, une page pour moi s’est tournée.
--ooOoo--

15 novembre 2009 
Je joue du clavier sans produire un seul son. Écrits virtuels, dialogues du bout des doigts. Les touches portent ma parole de l’autre côté des pôles. Je tchatte et mon ordinateur ronronne. Je pianote en duo, l’imagination aiguisée par mon ego.
Comment est-elle, celle qui joue avec moi ? Car c’est une fille, elle s’est présentée. En moi, le matou s’est réveillé. Les yeux mi-clos, tous les sens aux aguets, je hume les infos, évalue les distances, utilise les clics de circonstance. Surtout ne pas la rater, éviter qu’elle s’enfuie.
Aujourd’hui, j’ai donné ma langue au tchat avec ma souris.
--ooOoo--

16 novembre 2009 
Le piano de Bill Evans me caresse l’âme d’une mélancolique douceur. Loin des cuivres   chamarrés des big bands ou des chorus hallucinés, à mille lieues du jazz électrique, il égraine ses notes, discrètement accompagné par une contrebasse ronde et enveloppante et une batterie pleine de pudique délicatesse. Il y a quelque chose de profondément triste dans cette musique que masque un fol espoir de vie, de joie et d’amour. Cet album m’évoque des rêvasseries au bord
d’un feu de cheminée, par une fin d’après midi pluvieuse, un verre de cognac à la main et l’être aimé blotti contre soi. You must believe in spring…
--ooOoo--

17 novembre 2009 
Ma page est blanche, mon cerveau cotonneux. J’aspire à l’inspiration. Rien ne vient hormis des rêves de lointain. Écrire sur le rien me semble d’une navrante banalité, mais ne rien écrire serait bien pire. Sauf que je n’ai rien à dire. Comment faisais-tu, Petit Taureau Ailé quand les muses n’étaient pas là ? Non ne ris pas ! La paella amuse avec du riz camarguais. C’est nul, je sais. Désolé. Je vais devoir m’en remettre à St Claude et c’est pas du pipeau. Pour tenir ma parole, pour rimer sans trimer, pour associer les mots, pour qu’ils dansent en cadence, qu’ils pulsent comme un boléro, j’en appelle à Monsieur Claude Nougaro.
--ooOoo--

18 novembre 2009 
Rage ! Colère ! Merde alors ! Les parasites sont une plaie, une plaie qu’ils viennent raviver. La sortie d’Égypte n’est pas pour tout de suite. La Mer Rouge a des reflets noirs. La Mer Morte est trop salée. Se laisser flotter, ne pas s’enfoncer, refuser de plonger, OK, elle n’abrite aucune vie. Le désert est bien long à traverser. La sécheresse intérieure réclame d’être abreuvée. Humidité,
humilité, pas de quoi jubiler, je continue à me faire de la bile. Mon impuissance me navre. L’entêtement obtus dans le refus de bouger laisse Pharaon maître des destinées. Je me sens dans la mouise, Moïse n’est pas encore levé. C’est moche.
--ooOoo--

19 novembre 2009 
L’espoir d’éviter les mirages, de ne pas reprendre de faux mages, de me passer de désert. Le présent est un cadeau d’éternel. Inappréciable lorsqu’on se projette, quand on se fait des films. La magie n’est pas science, la patience où l’âme agit est bénie telle une oasis de paix, de calme et de sérénité au coeur des courses folles. Zen au nez et à la barbe des agités. Transpirer la sérénité, se shooter au bon air, rester débonnaire, qu’il soit tard ou de bonne heure, respirer le bonheur
d’avoir tout le temps. Tout le temps à soi. Rendre son sablier et écouter ses propres rythmes, suivre son tempo, un tempo haletant, évidemment.
--ooOoo--

20 novembre 2009 
Ce putain de joint me rend fumasse et je rêve d’un super Mario qui viendrait le réparer. Plombé par la plomberie, j’en appelle aux génies de l’eau et je l’ai un peu saumâtre de devoir m’occuper de ce vicieux pas de vis quand j’aimerais tant me la couler douce. Le raccord suinte et je transpire, dégoûté par ces gouttelettes inexorables qui commencent à me courir sur le râble. Le débit de l’eau me rend morose, imperméable à la bonne humeur. Je bous, je fulmine, j’en ai des vapeurs. Je lutte contre la fuite mais rien n’y fait. Il est trop tard pour reculer. À l’amiable ou en férocité, je l’aurai. Faut pas me faire chier.
--ooOoo--

22 novembre 2009 
Un diable pas tenté est un diable quand même, pas besoin qu’il fasse ses preuves ni qu’il présente ses papiers. Le croire sur parole c’est se faire embobiner, c’est tenter le diable et comme chacun sait, le plus souvent, le diable l’emporte. C’est pas malin. Quoi que… Tirer le diable par la queue, c’est jouer avec le feu car il peut mal le prendre, surtout s’il s’agit d’un diable hautain. En tout cas, un bon petit diable reste un diable patenté, formé à la pêche à l’âme, son péché mignon. En fait, le diable est comme un agent immobilier, avec lui un contrat inconsidérément signé peut se révéler difficile à dénoncer.

Les sept lignes précédentes n’ont rien de sulfureux, rien de piquant, convenons-en. Des lignes du dimanche soir, éculées, lues et relues. Des lignes grand public, idéales pour préparer un cerveau à ingurgiter des réclames. Du TF1 quoi. Rien qui puisse intéresser Arte en tout cas.
J’aurais tant aimé produire du solide, du définitif, des lignes qui fassent date, gravées dans le marbre, des lignes pour France Cul, des lignes pour magazine littéraire… Même en les retravaillant, je crois qu’il serait illusoire d’en attendre la gloire. Mon ego dut-il en souffrir, il est clair que ce n’est pas encore l’heure du best-seller.

23 novembre 2009 
Quelques fois, j’en ai plein l’haïku de la poésie. Je m’escrime à la rime mais je déchante sous ton balcon. Je cherche mes mots pour t’aborder et je coule avant de roucouler. Mes poèmes prennent l’eau et tes appâts m’échappent. Pourtant, je ne rêve que de bataille navale, d’assauts, d’éperonnages ; tel un corsaire excité par ton corps sage, explorer tes chenaux, piller tes trésors et te laisser en nage. Mes phrases font naufrage. Épave échouée, je galère à jeter l’encre sur mes pages blanches. Le coeur dans le vague, je me laisse flotter. Désormais, je rédige le recueil de mes écueils, m’arrimant à ma plume comme à une bouée.
--ooOoo--

24 novembre 2009 
Fatigue. Je fais grise mine comme au fond d’une cellule de dégrisement. J’ai l’euphorie jaune, le moral au gardenal. Le bel ordonnancement que j’avais projeté n’a produit que chaos. Je me retrouve au tapis, l’estomac brouillé, le coeur au bord des lèvres, groggy. Je rêve d’évasion, d’élévation. Rien faire et laisser dire, me pelotonner dans les bras d’un ours dont je n’aurais aucun besoin de vendre la peau et me reposer. Calme et volupté pour me préparer à hiberner.
Fermer les yeux et me laisser aller au son du jazz distillé par un pianiste inspiré. À nouveau je me constate en plein projet. Un jour, c’est sûr, je réussirai.
--ooOoo--

25 novembre 2009 
Le vent du paradis souffle entre les oreilles d’un cheval et toi, sur le dos de Pégase tu t’envoles au firmament du jazz. Au nom de la voix, rien ne t’arrête, ni les vaches maigres ni les choux gras. Tu reste sur les rails, sur une idée fixe, accro au tempo jusqu’à y laisser tes tripes, jusqu’à y laisser ta peau. Tu te mets en pétard et tu roules les “r” de plus belle pour créer la mélodie des mots que tu distilles. Moi, au fond de chaque bouteille, avidement, je recherche ton message.
Évidemment, un petit air de jazz. Rien n’y fait, mes verres ne riment pas, ils sont alambiqués. Le talent, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un crack.
--ooOoo--

26 novembre 2009 
L’oracle l’a dit, l’affaire suit son cours, la confiance est de mise, nous sommes en route pour la terre promise. Mais c’est long… Sont-ce les anges qui baguenaudent ? Les séraphins qui sont taquins ? Rien ne sert de piaffer, je le sais, mais je ronge mon frein et j’attends le bon vouloir des chérubins. Nous feront-ils la grâce d’accomplir la prophétie qui nous voit partir d’ici ? Tout reste
à faire pour conclure notre affaire ; malgré les annonces rien n’est signé. De tous mes voeux j’appelle la bonne nouvelle, ainsi soit-elle. L’espérance qui transfigure m’exhorte à ignorer le chant des oiseaux de mauvais augure. Mais faudrait pas que ça dure.
--ooOoo--

27 novembre 2009 
Écrire pour te séduire, pour te captiver. Écrire pour t’enjôler, te capturer. Écrire à ravir et t’enlever. Ne pas bâcler, toujours éviter la facilité. Écrire sans concession, jusqu’au bout de l’inspiration, écrire en apnée, sans me relâcher, sans compter, sans débander. Écrire jusqu’à la dernière goutte, écrire coûte que coûte et, sans gêne, féconder ton esprit, engrosser tes pensées. Écrire et semer, écrire, essaimer, écrire et t’aimer. Coucher les mots, coucher les idées, sur une
page blanche pour être lu dans ton lit, pour être élu, pour l’hallali. Écrire pour t’embraser. Écrire pour t’avoir et, très vite, débarrasser le plancher.
--ooOoo--

28 novembre 2009 
Prochaine station, Minimes - Claude Nougaro. Station debout, évidemment, pour retrouver l’ondoiement partagé, le transport en commun du public assistant à tes tours de chant. Imperceptiblement, les hanches roulent en suivant le swing des anches. Dans la rame chromée, astiquée comme des cuivres, une voix métallique répète ton nom. Je cherche la locomotive sans la trouver ; tout ce qui brille n’est pas en or. Sur le quai aux allures d’aquarium, des hauts parleurs diffusent une musique insipide. Les musiciens vivants ne sont pas les bienvenus dans les tripes grises de la ville rose. Je t’aimais trop.
--ooOoo--

29 novembre 2009 
Un dimanche de novembre pluvieux. Un temps à ne pas mettre le nez dehors. D’ailleurs on ne m’y a pas vu hormis à la boulangerie. J’ai expédié les affaires courantes sans me presser et me suis fendu d’un nouveau texte définitif sur la kinésiologie en France. Je suis prêt à ne recevoir aucun commentaire. J’ai l’habitude. Un dimanche soir en roue libre dont l’issue se jouera entre une comédie télévisée et la lecture sous la couette de ce fameux bouquin si chaudement recommandé par Eric et dont j’attends qu’il démarre enfin. J’ai des envies d’Argentine, de Brésil, de Georgie. J’ai répondu à Sergio qui vit près Cordoba. Inch’ Allah.
--ooOoo--

2 décembre 2009 
J’ai désobéi, je n’ai pas écrit. J’ai sauté un jour, j’ai sauté un tour. Même pas mal, même pas bien. Rien. C’est grave docteur, est-ce qu’on en meurt ? Est-ce qu’on va me punir ? Jusque là, tout va bien, mais ça peut être insidieux, créer un précédent, faire tache d’huile. Si à cause de moi d’autres en venaient à refuser de suivre la consigne, ce serait mauvais signe, ce serait de ma faute. Je jure que je n’ai pas voulu ça, il faut croire en ma bonne foi. Je reconnais, j’ai été faible,
j’ai cédé à la facilité, j’ai préféré tranquillement me reposer. Ce manquement est irréparable la culpabilité me ronge. Accepteras-tu de passer l’éponge ?
--ooOoo--

3 décembre 2009 
Fin de cycle et petits vélos. Étrange décembre qui s’annonce riche en faits d’hiver. Le froid est entré sans prévenir et le rythme voudrait désespérément ralentir. S’adapter, surfer, ne pas résister semblent les mots d’ordre, jusqu’à un nouvel agencement, un nouvel an, une nouvelle vague, une bossa nova. Concevoir les concessions reste d’actualité, éviter la sécession et préserver l’alliance. Marcher ensemble et s’épauler pour s’élever. Descendre et remonter,
franchir le col en assurant les prises de relais. Changer de plateau, augmenter le nombre de pignons, préserver son souffle pour atteindre la fin de l’étape. Puis repartir.
--ooOoo--

4 décembre 2009 
Dans le repaire de son fils prodigue
L’heureux père, à son fils, prodigue
Moult conseils et confitures
Pour lui éviter la déconfiture
De voir son fils pépère
À en perdre ses repères
Parfois le père est amer
--ooOoo--

5 décembre 2009 
En ces temps troublés, mieux vaut danser ! Danser l’apocalypso, voilà ce qu’il nous faut
Le mérengué c’est trop gai, le mambo c’est trop beau. L’apocalypso, c’est plus chaud
Le tango c’est pour les gogos, la samba, c’est pas ça. Y’a pas photo avec l’apocalyspso
La dernière mode avant la fin du monde c’est pas la ronde, c’est l’apocalypso
Les poissons au fond de l’eau et même le commandant Cousteau préfèrent l’apocalypso
C’est mieux qu’une passion, c’est une découverte, une révélation, l’apocalypso
Et tant pis si le ciel nous tombe sur la tête, dansons comme des bêtes, l’apocalypso
--ooOoo--

6 décembre 2009 
Dîtes-le avec des pleurs, mettez-y tout votre coeur, quitte à en perdre la tête. Débouté, dérouté, dégoûté, faites lui livrer vos larmes en bouquet. L’ikébana de sanglots n’est pas pour le Mickey banal, loin s’en faut. Afin de la faire fondre, qu’elle baisse les armes, qu’elle soit sous le charme et qu’elle essuie vos yeux, osez la faiblesse, les sentiments et la tristesse. L’eau de vos yeux surpasse toutes les rivières dès lors qu’elle est pure. L’épanchement de saurien ne vaut rien. L’effusion doit être sincère lorsqu’il s’agit de passion fervente. Pour le reste, l’élue choisira. Souhaitons qu’elle connaisse la valeur des choses et le prix des roses.
--ooOoo--

7 décembre 2009 
Bof
Pas glop
Bouh
Snif
Pffffffff…
Ouinnnn
Smack !!!!
--ooOoo--

8 décembre 2009 
L’année s’épuise, touche à sa fin. Cadeaux - Noël - Fêtes - Sapins - Foie gras - Repas. Terminer en roue libre, se laisser porter avant de savoir ce que la nouvelle année va apporter. Des prémices frémissent, fragiles comme des promesses. Promesses de minuit, en catimini, résolutions et résurrection. L’accouchement est long, la nouvelle vie se laisse désirer. Tout ronronne au bord de la Garonne. Cette fois, j’ai envie de croire au Père Noël, mais, comme dans mes jeunes années, je ne sais quoi oser lui demander. Le mieux, pour une satisfaction assurée, serait sans doute de lui demander ce qu’il a décidé de m’apporter.
--ooOoo--

9 décembre 2009 
23h24. Plus que trente six minutes pour écrire mes sept lignes. Personne pour me souffler. Vite, inspirer pour être inspiré. Je m'époumone en silence et reste muet à tue-tête. Je voudrais laisser courir mon imagination mais elle fait du sur place, comme sur un tapis roulant. Je transpire sans avancer d’un pouce. Mes doigts pianotent d’énervement à côté de mon clavier, c’est la catachrèse. Il ne me reste plus qu’à lancer un S.O.S., un message dans une bouteille, soigneusement bouchée. Maigre débouché. Si j’enferme mes lignes avant de les jeter à l’eau, j’ai peu de chances de ferrer une belle éprise de mes vers. 23h45.
(à suivre…)
--ooOoo--

10 décembre 2009 
Je vise une belle, dotée d’un tire-bouchons pour extraire mes vers hors de leur flacon, pour les faire jaillir, tel le génie de sa lampe. C’est plus fort que de tirer le bouchon dans un concours de pétanque, doté d’une bouteille de vin bouché au vainqueur. C’est risquer la fanny, ne pas jouer la belle et devoir se contenter de la consolante. De quoi choper les boules. Par contre, la trouver c’est empocher le gros lot, les six bons numéros du loto. C’est comme la pêche à la bouteille, le
poisson qui y entre ne sait plus en sortir. Vous l’aurez compris, pour l'encourager, il suffit de déposer au fond quelques vers appétissants…
--ooOoo--
11 décembre 2009 
Trop sommeil
Le marchand de sable
Est impitoyable
L’appel de la couette
À l’heure de la chouette
Le cri du polochon
J’peux pas dire non
--ooOoo--

12 décembre 2009 
Je rêve que l’éclat de mes vers allume un incendie, qu’il embrase ton coeur comme un maquis l’été. Qu’ardemment ils te portent aux sens, jusqu’à l’indécence, jusqu’à l’incandescence. Je les veux flamboyants à te rendre volcanique, torride lave en fusion, attisée par le battement des ailes de Cupidon. J’ai l’âme pyromane et te veux combustible. Hélas, je suis seul à me consumer
et je consomme, accoudé au comptoir. J’arrose mes pauvres rimes de larmes salées. Mes vers peu reluisants sont trop éteints pour t’atteindre, toi qui brûles de désir pour un autre que moi. Alors, j’essuie mes vers au fond du café.
--ooOoo--

13 décembre 2009 
Il voudrait décrire ce qu’a l’âme avec esprit, mais ses mots évanescents semblent tracés à l’encre magique sur une page éternellement blanche. L’immaculé rend sa tâche rebelle et il désespère de laisser une trace. Il se juge débile indécrottable, inapte à dépeindre l’ineffable. Par des effets spécieux, il tente de donner le change mais son cantique est en toc ; rien d’authentique. La vérité de l’âme lui échappe et la folie le guette, il doit se méfier de Méphisto s’il veut rester sain d’esprit. Son enthousiasme s’émousse, tout comme la pointe du calamus de sa plume. Désappointé, il ne pense plus qu’à se tailler.
--ooOoo-- 

14 décembre 2009 
Je veux t’embrasser à bouche que veux-tu
Tu refuses, prétextant un coup de fil
Il faut bien reconnaître que tu es fidèle
Elle a la chance de t’avoir à ses genoux
Nous ne connaîtrons jamais de rendez-vous
Vous nourrissez des moments trop subtils
Ils t’empêchent de voir une autre qu’elle


Écrits en vrac en vue de l'atelier du 15 décembre 2009
Écrire 7 lignes par jour
Catherine Manuel-Lamarque

14 premiers jours
Mercredi 7 octobre
7 lignes, 1 point et 3 triangles
Intentions positives, obéir à mes propres consignes proposées en partage
Essayer chaque jour même si l'envie semble s'échapper à cause de la contrainte
Idiot, veut-il dire faible ? Forte est ma peur, forte est ma confiance
Partir en jonglerie
Cultiver l'idée belle
Faire fleurir ses mots

Jeudi 8
Un bouquet de fleurs, un magnolia au printemps
Et me voilà en Asie au milieu d'une rizière verte
Un chien se précipite vers moi
Tous deux tendus vers la caresse
Poils contre main, la douceur surgit
Un cadeau en passant
Chaque jour se faire offrande

Vendredi 9 octobre
Vide et plein
Lié et délié
Ombre et lumière
Laissez le mouvement être
et vivre dans le mouvement
Aujourd'hui
Je pose l'intention

Samedi 10
Aujourd'hui la musique est bleue
Le bleu est océan
L'océan est sel
Le sel est jazz
Le jazz est oiseau
L'oiseau est lyre
Et lyre est rire

Dimanche 11 octobre
Jour noir, crack, boum, hue, la colère gronde
Jour gris, triste pluie sur mon coeur impuissant
Jours vert une pensée qui tourne en rond
Jour rouge fer de larmes
Jour bleu et la lumière revient toute timide
Jour blanc voile d'apaisement
Jour orange le fruit mûri, c'est tout ce que je peux en dire aujourd'hui

Lundi 12
Nous voilà aubergistes dans un ancien couvent
Un grand platane élagué façon mûrier nous fait de l'oeil
Le bar est en formica rouge, il doit être moche, à découvrir
La grande salle de banquet made in 70 est promise à la destruction
Rien n'est joué surtout avec l'adsl
Le message de la maison est reprise de speed au milieu de rien
Les thermes s'éloignent un peu

Mardi 13
Pas fait mes assises
Toujours tendue vers le futur
Le terrain se balise
Tenir le léger, assouplir le dur
Reste la piste
Vers un air plus pur
Enfin assise

Mercredi 14
Madeleine n'avait pas de valeur d'échange, elle se prenait pour une marchandise, pas pour un animal, vivant, palpitant. Elle vivait comme un jouet bien qu'elle ne sache pas jouer comme l'enfant qu'elle n'a jamais été. Madeleine était née vieille, déjà presque morte. Pourtant quand on lui demandait, elle répliquait comme une poupée de cire mais oui j'aime la vie. Un dimanche matin, elle passa trois heures depuis son lit à regarder une araignée qui vaquait à sa toile et ne
se traînât pas jusqu'au repas familial. Elle passa sa journée au lit, la révolution était en marche. Son bras gauche commença le premier à s'éveiller, il refusa de lui obéir…

Jeudi 15
Hep vous en-bas de l'arbre, dites-moi, faites-moi sentir. Je suis là tout en haut d'une branche, petite ramure déjà prolongée. Dites-moi les sources, dites-moi les sage-femmes, dites-moi cagots marqués d'une patte d'oie, dites guérisseurs charpentiers, êtes-vous là plus bas dans l'arbre. Je n'ai vu qu'exclusion, je n'ai pas encore compris la solidarité, l'accueil du voyageur, le soin et les maladies de peau. Je n'ai vu qu'exil, noyade atlantique, fleur de lys au bras gauche, je n'ai pas vu la liberté des parias ni leur autonomie. Alors mon arbre, parle-moi, donne-moi ta paix et ta sagesse.

Vendredi 16
Préparation à l'arrache, débordements du choix, volupté du plus. Encore un peu d'écran avant de se lancer dans les Landes Je reprends les chemins de l'enfance quand je me faisais des cadeaux virtuels avec le catalogue de la Redoute. L'accès à l'abondance était savamment dosé par les parents, alors je m'offrais un article par double page et me composais d'impressionnante garde robe pour la jeune fille que j'étais, bientôt femme libre et dans le vent. Maintenant choisir
ma maison devient possible. Il est donc bien vrai que chaque âge a ses joies.

Samedi 17
L'auberge est triste au coin de l'église, en face l'école est toute calme en ce samedi matin. Seul un bruit de tronçonneuse égaye l'air, pas d'oiseaux, pas de vie au plat pays des hautes Landes. Le poumon de l'Europe a mal à ses cimes, le vent froid à souffler trop fort l'hiver dernier et l'homme a perdu des années de labeur. Il crie au sinistre et recommence, ici des murs de bois peuplent routes et chemins. Ici la veuve est dans le souvenir et le voisin va bientôt mourir. Le
bar est laid mais la demeure a du charme alors nous délirons 5 mn en aménagement pharaonique puis nous partons, vite, vers les airials et les sources…

Dimanche 18 et lundi 19
Chênes, bons pépères, vous nous faites passer la pilule des désillusions. Pieds en terre, dos contre écorces, la paix revient. Ragaillardis, nous partons à la découverte des vieilles sources guérisseuses. Garosse, au coeur des bosses de la tempête, notre dame des douleurs a gardé sa force intacte, elle trône dans son vieil abris en bois. Nous passerons trois fois par Saint Clair sans le voir. Ses trois sources se rassemblent en lavoir. Ya pas, fallait les voir. À Arengosse, ça
se corse, la source rouge nous tourneboule et me pousse à demander de l'aide à un vieux monsieur qui s'avère être le curé. Nous finirons par un sourire sur l'eau ferrugineuse et trouverons tout facilement cette source de l'agneau pascal, sombre, rouge qui s'étale en jardin zen un peu plus bas. Je suis bien, près des sources, je suis juste. À Ygos saint Saturnin, un jeune souriant dans sa vieille 104 nous conduit toute voile dehors vers la fontaine de saint Jacques, la pure source, frangine de la de la Trévisse, elle a du culte, de la culture, du bâti pour
que le sacré de l'eau et de l'homme s'unissent face à l'éternel… Nous dégustons le lieu enchanteur. Saint Jean-Baptiste et saint Girons, croisés sur la route de saint Jacques, nous guident jusqu'à Ousse Suzan. La chapelle isolée sur un immense airial trône sur un tuc à 100 m des sources, elle veille aux transactions entre guérisseurs et hommes de volonté et d'échange,
nous reviendrons, c'est dit.

Mardi 20
Jour à venir, jour d'atelier aujourd'hui lundi, j'écris en avance sur le temps
Petite Poucette aura semé tous ses cailloux, elle est fière
J'ai balisé de mots chaque jour et j'ai tenu ma parole, quelle joie
3 pages helvetica, corps 12 défilent devant moi
Ah je ris de mon désir accompli
Ah je me sens prête à continuer
Même si pour ça, je m'arrange avec moi-même et bute devant la discipline quotidienne

Deuxième tranche de 7
Mercredi 21 octobre
Sept
Pas extra ce maudit blues
Qui revient en douce
Me file la frousse
Et chiffonne ma frimousse
Mais Fip est là alors je chante
Si j'avais les ailes d'un ange
Je partirais où ça mʼenchante

Jeudi 22 octobre
Et blablabla Isa,
Être dans la saga
Et glou et glou et glou
Les sous y sont où ?
M'en fout ou pas
Dans la saga
Joue la partie partout

Vendredi 23 octobre
Aujourd'hui 8 h, demain 7 h, après demain, c'est loin. La fileuse oeuvre sur son métier. Tenir. Les mains habituées, précises, encore amoureuses, travaillent seules. La fileuse laisse flotter ses pensées sans en retenir une sauf quand une plus inquiétante, perturbe la mécanique de ses doigts. Là, elle souffle fort pour chasser l'intruse, revenir à l'instant. Ses compagnes comptent ses jets d'air bruyant et commentent chacune de ses distractions pendant la pause ou en fin de journée. La parole est interdite dans l'atelier. La fileuse ne participe jamais aux
commentaires, elle trouve leur babillage inutile. Tout ce qu'elle veut c'est l'éternité à l'instant. Est-ce peu ou beaucoup ?

Samedi 24 octobre
Projection. Demain. Tâter du corps. Sentir ses respirations. Joies anticipées, j'adore ça. Demain. Faire confiance à mes mains. Tenir la haine de soi dehors.
Compte-rendu. Hier. J'ai tâté du corps, senti ses respirations et j'étais en joie.
Hier. J'ai fait confiance à mes mains. J'ai tenu l'amour en dedans.
Trois fois rien et trois fois plus
Au fond de la pulpe des doigts
Naît la sensation

Dimanche 25 octobre
7 lignes à l'heure, avant l'écroule devant un film, je suis fourbue
7 lignes à la minute, juste pour ne pas lâcher le défi
7 lignes, c'est rien et rien ne vient
7 lignes et je n'en suis qu'à quatre
7 lignes, mes doigts se suspendent au dessus du clavier, le flot du mental peine
7 lignes qui sont six et qui sentent la quille
7 lignes enfin, accroche un sourire, soupire d'aise, qu'il est bon de s'obéir

Lundi 26 octobre
Je suis poussière, ça c'était clair. Tous les soirs, face à ma mape-monde, mes rêveries contemplatives de petite fille me le confirmaient.
Et tu retourneras poussière, complétait les curés. Je pouvais l'envisager, c'était certainement exact, mes rêveries interrogatives face à une planche d'anatomie ou une balade dans un cimetière, m'y conduisaient tout naturellement.
Seulement voilà, ça ne plaisait pas. Alors je croyais à moitié les curés, histoire de me ménager un paradis donc un enfer mais de lui non plus je ne voulais pas en entendre parler. Maintenant je me dis que l'idée d'un paradis est toujours belle et que la question de l'enfer lui est consubstantielle. Donc, je les visite l'un comme l'autre, c'est mon côté qui s'émerveille.
Maintenant, je sais que je suis poussière et que je retournerais poussière et c'est super puisque poussière je suis mais pas n'importe quelle poussière. Je suis poussière d'étoile. Le big bang c'est moi à tous les instants. Du grand mouvement nous provenons, entonnent en canon scientifiques et mystiques. Et moi et moi, au grand mouvement j'appartiens à tout instant. Plus d'opposition, plus de question. Poussière d'étoile et respiration cosmique, je suis. C'est pas plus
compliqué que ça.

Mardi 27 octobre 2009
Amélie travaillait ses abdos consciencieusement. Après 10 ans d'entraînement patient, de victoires secondaires et quelques premières places glorieuses, elle savait qu'elle était prête. Elle serait sélectionnée, elle s'engagerait avec force, courage et loyauté. Justine massait ses mollets douloureux. Après 10 ans d'entraînement volontaire, de victoires éparses et quelques premières places grandioses, elle savait qu'elle n'était pas prête. Elle serait sélectionnée, elle s'engagerait sans espoir, ni vouloir sauf celui d'arrêter de se faire mal. Demain, elles sauront si des deux, si d'aucune, si une seule…

Mercredi 28 octobre
Bobo là, là bobo là
Là à la droite du dos
Fais-moi un dos à dos là
Caresse mon bobo là
Toi mon doudou bat
Mes douleurs d'ici-bas
Vas-y éloigne mes bobos là

Jeudi 29 octobre
J'ai balancé Justice
Balance, c'est le cas de le dire
Justice, j'm'en balance pas
Fière Athéna, je te regarde en face
Pas fierotte, pas petiotte
Juste en face, tout juste
Juste ? Je suis face à toi

Vendredi 30 octobre
L'été, je montais dans les cerisiers
À deux mètres, je quittais le monde
Pour celui de l'arbre diapason
Au frôlement des branches et des feuilles
J'épousais l'écorce, écoutais son coeur
Et me goinfrais de fruits rouges
L'été, la joie me susurrait des choses

Samedi 31 octobre
Claude, mon pote déniaiseur
De mes mots qui pouétent
à mes moments gagneurs
Où le poète pousse en tête
Face au clavier rouspéteur
Ma voix en gloire fait la fête
Avec amour et trompette

Dimanche 1 novembre
Les dimanches à Orly entre peur, ennui et désir
Je regarde approcher les monstres en bout de piste
Ils arrivent nez en tête, ailes tremblantes, moteur sinistre
Je me bouche les oreilles, lève ma frimousse
Me voilà vermisseau défiant le monstre louche
Il va me raser, je vais mourir comme une mouche
Sous son ventre mou, je rêve d'exotiques douches

Lundi 2 novembre
Je suis seule. Quand est-il possible de l'écrire ? Je ne peux jamais être seule quand j'écris même si j'affirme : écrire est un acte solitaire. Je ne suis pas seule puisqu'en laissant des traces, je me relie à d'autres, hypothèses ou fantasmes, ils sont là, déjà avec moi. Peut-on écrire que pour soi et absolument seul (ne dit-on pas : seul avec soi-même) Écrire, c'est nier sa solitude. Je fais des phrases pour en parler et rompt par ce fait la solitude. Si dire seul pour aller chercher cet autre qui se tapit en moi et cherche autre chose que le fil du temps.

3ème tranche de mots
Mercredi 4 novembre
Un été est tombé le grand voile noir
Elle a sombré dans une colère rouge
Choc, choc, choc, son coeur est noir
Le taureau approche, vive cape rouge
Hautes, elle tient ses banderilles noires
Doux, il est, ses joues virent au rouge
Bouge de là, lui hurle l'animal noir
Déchire le voile de ton âme rouge
Petite farouche, aurais-tu peur du noir ?

Aujourd'hui Alfred m'a offert Les manuscrits de Claude Nougaro

Jeudi 5 octobre
Bababa, bat bas à petits pas
Bat-le, bat-la, oui cʼest par là
Mes petits bas, mes jolis bas
Je vous salue de haut en bas
Je renifle les hauts, hauts là-haut
Qui descendent des eaux dʼen-haut
Ô waouap dou waouap mon Léo
Bababa, bat bas à petits pas
Bat-le, bat-la, oui cʼest par là
Mes petits bas, mes jolis bas
Je ne vous salue pas bien bas
Je veux mes hauts
De lʼeau dʼen-haut
Ô waouap dou waouap
Bababa, bat bas à petits pas
Bat-le, bat-la, oui cʼest par là
Mes petits bas, mes jolis bas
Je vous salue de haut en bas
Je nifle les hauts, hauts là-haut
Qui coulent des eaux dʼen-haut
Ô waouap dou waouap mon Léo

Vendredi 6 novembre 2009
La vie nʼest-elle quʼune histoire ? Une petite et une grande histoire romanesque. Ma vie est un récit. Il était une fois, dans le 17ème arrondissement, à Paris, jʼai gueulé, la première fois. Combien de fois ai-je hurlé depuis ? Bien malin celui qui pourrait donner un chiffre ! Alors, jʼinvente, ici, sous mes doigts. Tenter le récit de sa vie, est-ce la vivre ? Me voilà philosophe dès potron-minet, lʼidée vagabonde, sautillante, fuyante et éphémère. Ça cavale sec. Donc, je choisis de connaître mon mensonge et dʼécrire dʼauthentiques vies imaginées. Mes vrais-faux souvenirs en bandoulière, tisser les mots et en faire matière, histoire de…

L'expression originale était "dès potron-jacquet". Potron vient de "poitron", qui lui-même vient de "poistron", du latin posterio, postérieur : le derrière, donc. Et un "jacquet", en normand, est un écureuil. Ainsi donc "dès potron-jacquet" signifiait en peu de mots : dès qu'on voit le derrière des écureuils, et ceux-ci sont extrêmement matinaux. Il va sans dire qu'au fil du temps et de l'urbanisation, au XIXème siècle, les écureuils devinrent de moins en moins "quotidiens", d'où, peut-être, le remplacement de l'expression en "potron-minet", le minet étant le chat, plus commun en tout lieu.

Entre icône et pochetronne
Jʼai des poches sous les orbites
Mes globes oculaires molletonnent
Vautrés sur lʼeau de mes reins (rites)
De mes larmes ou dʼailleurs
Gras sous mes yeux
Grave il me signe, je mʼincline

Samedi 7 novembre
Dansigne,
Danse le signe, danse le cygne
Fini, je ne suis plus vilain canard
Encore un peu cygne noir,
Jʼentre ich-icha, ich-icha, ich-icha
dans lʼécriture du blanc sur noir
Elle voulait nous faire entendre : danse, signe et énergie
Tous trois réunis pour une marche du vivant
Le groupe avance, 12 pas, large plat du pied en premier
Talon en second, réservé pour la posture du guerrier
Lʼavant des pieds entre en harmonie avec la main vapeur
Au bout de nos bras gauches, les mains agitent lʼair
Les chairs vibrent, cherchant lʼunisson du feu et de lʼeau
Didjiridou, entre dans la pulsation, pied droit, main gauche
12 pas puis un signe, lʼappel du son spirale, main droite
Entendre, suspendus un instant
Tracer le signe sur un triangle, repérage dans lʼespace
Un pas, main et bras gauche sʼélève
Un pas, main et bras droit appelle, hèle et espère
Ils sont deux mais ils sont un, je choisis le singulier
Changement de plan et retour au singulier de la réception
Aux creux des paumes, nous accueillons puis nous rendons à la Terre
Changement, nous remontons
Trois niveaux, six diagonales, un oiseau regarde le ciel
Il disparaît aux plein des épaules et devient cariñoso
Seuls, les coudes continuent à sʼétirer vers lʼen-haut
Pendant ce temps, le bassin entre en terre, piétinement
Courageux, nous nous arquons à nouveau vers là-haut
Et signons par trois fois la redescente en melkout
Clavicule, clés, dath
Tipheret en plein coeur
Jusquʼau fondement, yesod
Sur terre, semer les graines dʼun pas lourd et balourd
Avant de remonter mains jointes au coeur
Ouverture de la chair (basar !) en croix
Et hop quelque chose est cachée, mains dans le dos
Un pas en avant, deux sur le côté, indication
Trois fois je montre une direction
Avant de mʼattraper par le col et démarrer lʼivresse
Quatre alpaguée au ciel, nous tournons sur la pointe des pieds
Atterrir, laisser passer le vertige et quitter cette première terre
Trouver la deuxième et planter la graine
Nouveau départ vers la terre suivante, planter
Quitter et faire le tour complet de la suivante
En avant marche, recule, hésite, droite gauche recul, repartir
Un deux trois quatre, je fends jusquʼà mon centre et mes épaules
Je joue des coudes, bascule en avant, retournement vers le ciel avant la chute
Va recommence et chute jusquʼà lʼoeuf
Nous nous reposons une instant, la main au sacrum
Avant de nous représenter, en biais puis nus et vulnérable
La force est prise au ciel et en terre, nous construisons lʼépée
Et implorons jusquʼà lʼultime baiser qui nous suspendra en croix, en biais
Nous délimiterons lʼespace jusquʼà ce que mains se joindre et tenterons la verticalité
En pressant sur nos mains jusquʼau centre coeur. Nous nagerons jusquʼau ciel, nous
étreindrons
Avant que trois tours de derviche nous mènent,
une première fois vers lʼépaule fraternelle,
Une deuxième fois vers la bouche à la parole nettoyée
Une troisième fois vers le coeur unis à soi, aux autres, à lʼunivers

Dimanche 8 novembre 2009
Ben, je te bénis, mon fils sacré
Mére-père, pleine, lassée, glacée dʼimpairs
Jʼai raté la cible, cʼest du passé
Va et file maintenant fendre lʼair
Deviens le lion-blason haut placé
Bénis et trace ton nom dans le clair
Obscur en contre-temps, pureté
Amen

Lundi 9 novembre 2009
Un écureuil me fait de lʼoeil
À pied dʼoeuvre dès que soleil pointe au seuil
Sa nuit fut consacrée à pêcher poissons et rêves
En ce jour, il bâfre et vagabonde
Un tronc par-ci, une pomme par-là
Suspendu, il veille un autre instant,
Merci pour la belle leçon de mon jacquet roux

Mardi 10 novembre
Répondre à lʼappel du chat à lʼaube naissante
Le gratifier dʼune caresse reconnaissante
Braire et rire à lʼunisson de lʼâne
Qui ne pose pas la juste question
Au bord de tracer la danse
Jʼappelle solitude et solidarité
Pour un instant de fraternité

Mercredi 11 novembre
Il pleut sur Bordeaux
Gris méditatif
Café noir
Pierres blanches
Je danse sous la pluie
Il pleut sur Bordeaux
Lignes dʼeau, fond noiraud

Vendredi 13 novembre
Jour de chance, alors jʼen appelle à Vénus
Pour me dévoiler jusquʼà ce que je sois nue
Vulnérable, offerte et mystérieuse tout azimut
Jʼy arrive pas, hier jʼavais mille mots, aujourdʼhui je nʼai plus rien
Il mʼa suffit de lʼécrire pour quʼils reviennent en force derrière la porte
Ils se bousculent comme des gamins à la sortie dʼune salle de classe
Mais me voilà à sept, alors aujourdʼhui restons au sec

Samedi 14 novembre
En ville au royaume des tire-ligne
je mʼen soucie comme dʼune guigne
Au salon du livre, je mʼévapore
Impossible dʼaccrocher la moindre métaphore
Toutes ces phrases collées sur la page me filent le tournis
Je piétine et baguenaude en rêvant de forêt et dʼarbres
Le choix se resserre, écrire et cultiver son jardin

Dimanche 15 novembre
Désaccord en do
Dos pas dʼaccord
Mon axis me tire
Derrière lʼaile
Une envie de fuir
Loin dʼelle
Me rend inutile

Lundi 16 novembre
Aujourdʼhui me voilà centre de ressource pédagogique
Aujourdʼhui me voilà gardienne dʼenfant atypique
Aujourdʼhui je nʼai rien qui me pique
Aujourdʼhui pas de mots à jeter sur le tapis
Le temps est beau et redeviendra poétique
Quand jʼaurais bouclé ce temps épique
Où je me bats avec des rimes en “ique”
Quelle panique !

4ème tranche de 7
Mardi 17 novembre
Plus que vingt minutes, vingt minutes avant la fin du jour, vingt minutes avant la moitié de la nuit, vingt minutes pour traquer les mots qui arrivent en vague, vagues et vagabonds. Partir du vide pour arriver au plein, en vingt minutes mes mots sʼépanouissent, en vingt minutes mes mots sʼévanouissent. Je les laisse faire confiante en leur bon vouloir, méfiante face à leur rien à voir. Ne rien avoir que des mots en partage avec la nuit qui se poursuit, qui me poursuit, infatigable, ineffable, elle me chante des fables qui m'enlacent pour un moment de jouissance éphémère. 23h49, coït interrompu, je suis fourbue.

Mercredi 18 novembre
À la saint Martin, lʼété revient
Avec saint Antoine, tout revient
Demain sainte catherine prendra racine
Bouf
Trop de tête
Paf
Vive mes seins

Jeudi 19 novembre
Apprendre les uns des autres, le doux rêve de la confiance. Comment apprendre à lʼautre ce que nous ne savons pas nous-même ? Alors on essaie, un peu comme Pénélope et sa toile, sans même se rendre compte que notre ouvrage se défait autant quʼil se fait. Mais on essaie quand même, on apprend, on perçoit, on imagine, on suppose, on sait, on croit maintes fois comprendre. Mais que comprend-on ? À quel moment passe-t-on du savoir à la Connaissance avec un grand C. Cette Connaissance que nous cherchons à percevoir est-elle ou nʼest-elle pas seulement le fruit dʼun désir dʼextase ?

Vendredi 20 novembre
Faire danser les mots comme je dansais la nuit quand jʼétais plus jeune. Au son dʼune musique aimée, mon corps était attiré, attrapé, cueilli. Déjà, oui je me souviens, je commençais par planter mes pieds en terre avant que le mouvement démarre par une épaule ou une hanche, un genou, la tête, un pied, selon lʼalchimie conjuguée de la musique et de mon être. L'ondulation se propageait lente ou rapide, en rythme. Souvent jʼessayais de faire vivre tous les instruments
ensemble dans mon corps. Quand ma main était au piano, ma tête tambourinait, mes fesses scandaient les violons, ma colonne vibrait au son de la guitare et là un instant, tout était parfait.

Samedi 21 novembre
Qui ya-t-il là ? Des mots qui montent ? Non, le désert, ma moulinette mentale ne répond pas. Vite, jʼouvre à nouveau les yeux et je me retrouve intacte, agitée par les idées qui surgissent, les hypothèse qui prennent forme. Je me vois pêcheur à la ligne. Lancer lʼhameçon plus profond, je nʼose pas. Fermer les yeux, une rose apparaît dʼun pourpre sombre, à peine éclairée sur fond marron translucide. Encore fermer les yeux, la rose grossit à toute vitesse jusquʼà se fondre et
sʼévanouir sur mon visage. Essai.

Dimanche 22 novembre
Voilà, lancer la pêche à la ligne. La pêche aux mots qui résistent. Ils tirent sur lʼhameçon sans jamais sortir une belle perche, un saumon rose ou un maquereau, rien, macache, les mots ne font pas mouche. Ils se traînent comme de pauvres vers, incapables dʼaller jusquʼà la métamorphose. Pas de papillon, pas de poisson, cesser dʼessayer dʼécrire une fois pour toute, renoncer. Encourager la plume de lʼhomme, être muse, seulement muse, ça ne mʼamuse pas. Ça me méduse, plonger au fond de lʼécluse de la parole recluse qui peine et hargne depuis tant dʼannées.

Lundi 23 novembre
Cʼest un drame, une arnaque, je suis paranoïaque
Quand je pense à demain, je craque et suis patraque
Je deviens vieux macaque et sors ma matraque
Je traque les scénario qui terminent par une claque
Trop s'épancher sur lʼavenir est une arnaque
Stop ne plus me claquemurer dans ma baraque
Mes yeux démoniaques virent enfin paradisiaques

Mardi 24 novembre
Louise se savait seule face au monde. Aucun lien ne lui ôtait cette sensation. Elle était vraiment tombée trois fois en amour, les autres nʼétaient que passades. Mais rien à faire, elle était seule, avec cette vie qui nʼétait que pour elle. Elle essayait de lʼhonorer avec acharnement. Elle ne pensait quʼà ça, se situer, un peu à lʼaveuglette, un peu avec volonté. Parfois, elle acceptait le lien, un peu pour se rassurer, un peu pour partager. Ses règles étaient strictes : aucun inquisiteur, aucun dompteur, aucun lécheur. Seuls les chefs en leur demeure et les solitaires
trouvaient grâce à ses yeux. Gabriel était de ceux-là…

Mercredi 25 novembre
Bonne fête Catherine. Un bel enracinement, il me fut offert… Une seiche se soulève du fond de mon ventre et crache son encre vers les mains de Michèle.
Viens par là, laisse mes je-nous, viens tâter du boyau, du bon mou qui sʼentortille et crie aux loups. Des anneaux de Saturne bleus, verts, turquoise, jade, tournent, perdus au fin fond de lʼunivers sombre. Je les regarde ébahie par leurs couleurs quand je m'aperçois soudain quʼils sont vides. Aucune planète en leur centre. Ils tournent les uns près des autres, même pas alignés, tous orphelins de leur terre. Il me resta à planter une fève dans le vortex ouvert aux tréfonds de mon nombril, là où mon nom brille.

Jeudi 26 novembre
Assise, méditation, exercice, pause, arrêt, lien
À lʼintérieur, tout et rien, sʼhonorer quelques instants
Arrêter la moulinette mentale et tracer dans le corps
Activer sa volonté vers ça, 30 mn par jour, pffiit
Même pas dans un monastère zen, même pas dans un cloitre,
Non, juste là, à lʼinstant, dans la salle à manger, collée au piano noir, face à la croix
Entre deux appels de la vie qui coule et nous entraîne

Vendredi 27 novembre
Ce que je te dois
Les Machucambos, Ella Fitzgerald, Nat King Cole, Doris Day, Franck Sinatra…
Gilda, Arsenic et vieilles dentelles, La traversée de Paris
Mais La messe du temps présent, quʼest-ce que ça venait faire là ?
Juliette Gréco, Gainsbourg et Sacha Distel te faisaient siffloter
Je scrute et mélange souvenirs et fausse mémoire
Juste là, en cet instant

Samedi 28 novembre
Ô limbe, ô désespoir
Olympe, ô les espoirs
Ô vieilles mémoires infinies
Je nʼai vécu que cette infamie
La famine me suit et je mʼenfuis
Devant toi antique mémoire pleine de suie
Je fais le serment de te retaper vieux taudis

Dimanche 29 novembre 2009
15 Homme et femme unis, retournés, les sexes joyeux
16 Ils éjaculent et culbutent tour à tour prison et illusion jusquʼà la vision
2   Attention les cachottiers, nulle sagesse ne peut sʼenfermer dans un cloître
20 Les trompettes sonnent, astique les cuivres, ça swingue à tout instant
10 Les serpents sʼentortillent et je suis ce serpent, cʼest merveilleux
9  À ta santé vieux brigand, cʼest du porto ou du passé ?
8  Du raide ou du doux ? Les deux mon doux aimé, roucoulons les yeux dans les yeux

Lundi 30 novembre
Écrire tous les jours et ne pas sʼoccuper de lʼeffet produit, de la qualité, du sens
Écrire tous les jours et cultiver le fol espoir dʼun instant poétique
La poésie, cet art majeur si difficile et si délicieux quand il sonne enfin
Attraper lʼinstant, le colorer de mots, suspendre lʼépiphanie
Chercher la veine bleue de ma tasse de café ébréchée
Mʼallier à mes veines rouges pour que ma parole empêchée coule de source
Ne pas prétendre, ne pas attendre, ne pas espérer mais essayer, simplement

Mardi 1 décembre
Débouter, black-bouler-t… Non reconnue…nième fois… et alors ! Pourquoi s'accrocher à cette histoire ? Est-il si important de continuer à la creuser toujours avec la même pelle ? Autre voie : dire stop, dire tu n'es qu'un scénario, une histoire… Se la raconter une fois pour toute et si elle te va pas, la réécrire et être dans le scénar soigné, la nouvelle note bleue. Réécrire tout jusqu'au plus sublime des mensonges : Dieu… Jusqu'à composer son écriture, la seule valable, celle qui rejoint l'écriture de l'univers. L'écriture universelle, yes. Ô oui, rejoindre
l'écriture divine, quelle divine comédie ! Waoup dou wap

Le succès, cʼest dʼaller dʼéchec en échec sans perdre son enthousiasme.
Winston Churchill

5ème tranche de 7
Mercredi 2 décembre
Parole empêchée donc empêcher la parole, ta parole serait-elle un pêché ? Mazel tov ! Parole dépêchée, repêchée à la va-vite, tonitruante et sans écho. Que mundo raro ! Il nʼy a plus de raison… Fais que ton imagination cesse son tricot dʼillusion. Aïe pasión ! Alors, pars à la pêche avec ta plus belle canne, solide et flexible. Télescopique sinon rien ! Son bois vernis, son beau moulinet tʼassurent grande précision. Attention, carpe diem ! Au milieu de la rivière, sous les rochers, se cachent tes plus belles paroles. Foi de morue ! Cʼest ainsi que le pêcheur de parole devint devin des alevins… Quoi de plus fin !

Jeudi 3 décembre
Mais comment sʼy prit-il ? Au début, il mit des images, des symboles au bout de sa ligne. Il pêcha ainsi beaucoup de peixe boy étranges et mous. Il se lamenta longtemps auprès de ses lamantins si doux et si familiers. Il pêcha aussi dʼinnombrables anchois affolés, tournant en rond pour se défendre ainsi que des poissons carrés totalement surréalistes aux goûts immondes qui nʼavaient rien à faire là. Pas la moindre truite arc-en-ciel ne daigna mordre à ses étranges hameçons. Un jour il changea dʼappât et plaça au bout de sa ligne un petit bout de son âme immense et là commença la pêche miraculeuse…

Vendredi 4 décembre
Tengo el derecho, tengo el derecho, tengo el derecho de ser… Cʼétait un Tango
Le jour où le pêcheur sortit à la pointe de sa ligne ce premier vers tango, il se mit à danser Y baila, baila, baila comme un derviche, puis il mangea un sandwich, satisfecho Un autre jour il pêcha un oignon et fut déconcerté, il lʼobserva, lʼéplucha, pleura comme un malheureux et il nʼeut plus jamais la grippe. Puis il sortit au milieu dʼun grand lac une paire de ciseaux, toute rouillée, toute noire, 20 ans quʼelle nʼavait pas vu la lumière. Elle frémit imperceptiblement en redécouvrant le souffle de lʼair sur ses moisissures.

Samedi 5 décembre
La semaine suivante, il accrocha lʼaile dʼun ange. Le pauvre pêcheur tomba à terre, implora, sʼexcusa et lʼange cria : “Hé couillon, tu me la décroches cette aile que je me réanime un bon coup en ta compagnie.” Le pêcheur sʼexécuta, obséquieux, alors lʼange lui tourna le dos. Longtemps le pêcheur contempla les plumes de lʼange, sʼétonna de leurs couleurs mais il nʼosa pas sʼapprocher. À la tombée de la nuit, lʼange sortit un cri féroce : “Jʼai droit à 22 mots, devoir
partir, imbecil… Si longtemps que je nʼai pas senti souffler le vent.” Le pêcheur ne comprit pas tout de suite quʼil ne restait que deux mots à lʼange.

Dimanche 6 décembre
Go rigolo, acheva lʼange avant de disparaître. Go, go, go, sauter en parachute ? Faire rouler le dé ? Reconnaître lʼimbécile ? Le pêcheur se leva furieux, il sʼétait toujours pris pour un impuissant. Il avait ainsi pris lʼhabitude de se tenir tranquille, dʼêtre gentil, souriant, encourageant. Tous les jours, il jouait son pire en croyant que cʼétait le meilleur. Dès quʼil sortait de ce labyrinthe infernal, tous sʼemployait de plus en plus finement à le ramener vers ce grand rôle dʼimpuissant. Vas-y commence autrement petit homme, lui avait insuffler lʼange. Va petit homme, chasse les intrus, jette tes illusions, recrée ton théâtre.

Lundi 7 décembre
Lourd, le pas est lourd… Il sʼéchine, son torse ondule. La tête est basse, il regarde la terre. Le pénible, le fastidieux, le droit chemin, il danse comme un pataud, pauvre crapaud. Il attend le baiser dʼune princesse, mais où est-elle nom de dieu ! Musique au loin, un cirque sʼannonce, roulement de tambour, un crooner échauffe sa voix “Take your chance”, un dompteur lisse sa moustache et lui adresse un gros clin dʼoeil mais il ne voit rien, tout recroquevillé quʼil est. À pas de loups, trois nains se sont approchés de lui et le chatouillent de partout. Obligé de lever la tête, il aperçoit la funambule qui tend son fil…

Impuissance
Cachée
Se taire
Faire lʼhomme avec lʼordinateur
Virtuel
Mot sens
Non-sens
Jusquʼà lʼinnocence du mot

Ne pas cacher
Cʼest cacher
Kacher
Où sont mes racines juives ?
Frisson sur les omoplates
Un point de dessine à gauche
Plus rien
Où sont les mots ?
Assise

Mardi 8 décembre
Je mʼappelle Sarah, je suis Princesse et resterai femme de grande beauté jusquʼà mes 127 ans. Ainsi, il est écrit, ainsi je lʼécris aujourdʼhui. Balbutiante face à elle, jʼappelle ses premiers mots. Seront-ils prophétie ou sagesse ? Jʼai offert mon sang pour quʼelle apparaisse nette, évidente, heureuse dʼêtre enfin nommée.
Je me souviens… cʼétait le prénom choisi pour mes filles, je le voulais avec force même si ma mère me dit : “Tu ne devrais pas donner un prénom juif à ton enfant, cʼest dangereux.” Elle née aujourdʼhui, alléluia, asv, mazeltov…

mercredi 9 decembre
Oh Claude, je tʼai aperçu sous le soleil de décembre, tu rigolais sur les piliers du candélabre à 7 branches du métro qui porte ton nom et moi je tʼai volé ton sourire pour lʼaprès-midi. Oh Sarah, où tʼétait ? Nichée dans les ovaires, tu ressuscites tous les souvenirs de lʼimpuissance créatrice, ton heure arrive. Oh crocodile cesse de faire ton imbécile. Hep Catherine, il est bon de ne pas lʼoublier trop longtemps : tout cela ne sert à rien. Ça ne sert pas, pauvre sherpa,
cherche pas, cherche ton pas à lʼécoute dʼun ouais qui couine mais qui nʼa pas besoin dʼune belle image pour écrire à Raphaël

Jeudi 10 décembre
Que faire avec 7 bâtons dans la main gauche et quatre dans la main droite ? La droite tremble, les bâtons tombent. À gauche les bâtons deviennent bambous, petits bambous qui poussent en labyrinthe, en cercle, en carré qui sʼenferme sur lui-même. La récolte se fait tous les 5 ans pour les espèces géantes, voyons calculons… défilé de bambou vert stocké dans lʼatelier près de la machine à bois. Chaise longue, balançoire, objets en tout genre. La marmite chauffe, comment produire du fil à partir de la fibre ? Bonne idée, cultivez des bambous, du cresson et de la mâche. Cʼest vendu !    

Vendredi 11 décembre
Je ne suis pas entendue et cʼest merveilleux !
Ouais je tʼentends qui râle, qui fais la gamine furieuse, frustrée, triste à en pleurer…
Mais les sanglots te coûtent alors tu cries à tʼépoumoner et ça ne sert quʼà te coller une bonne tachycardie…
Vas-y répète, je suis une merde et cʼest merveilleux jusquʼau tréfonds et là repos.
Hé oui, en vérité cʼest merveilleux parce que ce nʼest pas vrai…
En vérité, tu es bien plus et cʼest pas merveilleux de lʼoublier si souvent et toc.

Samedi 12 décembre
Il était une fois un cheval à lʼoeil espiègle et sévère, il avait lʼair sympathique a priori mais on ne lʼapprochait pas facilement. Ce cheval gardait jalousement près de lui trois coupes dorées. À force de fréquenter les hommes, le cheval considérait les trois coupes comme sa propriété exclusive. Il ruait à chaque tentative dʼapproche en hennissant à fendre lʼâme. Mais lʼhomme aussi est un animal rusé et un jour son malin de propriétaire lui vola ses trois coupes, juste pour voir ce quʼil avait dedans et vérifier si par hasard, elles nʼétaient pas en or. Lʼidiot fut servi les coupes étaient en toc et le lendemain son cheval mourut.

Dimanche 13 décembre
Prenez un magma noir et transmutez-le en une boule blanche ; faites une passe à votre voisine, regardez la boule devenir bleue ; appelez le fils et lancez la boule qui vire au rouge ; laissez la jeune fille sʼexclamer devant la merveille quʼelle voit pour la première fois ; invitez-la à accueillir la boule que le fils renvoie ; soyez gais quand la boule éclate sur le bout de lʼindex à lʼongle long de la jeune fille en fleur. Fin de la recette. Laissez reposer quelques heures puis déguster avec tendresse et reconnaissance car ceci est un acte qui peut être magique.

Lundi 14 décembre
Jouer, cʼest merveilleux, en groupe ou seul, on échange, on se joute, on vit lʼinstant, on surveille. La veille est en-dessus. Capter le mouvement
Écrire, cʼest merveilleux, seul ou en groupe, on trace, on invente, on sʼécrit, on crie en silence.
La veille est en-dessous. Capter le mot
Jouer et écrire, quoi de plus simple ! Quoi de plus compliqué !
Les deux sont là, offerts à la fantaisie, à lʼimagination, à l'introspection, aux rires et aux pleurs.
Puissance et impuissance mêlées pour un instant dʼéternité.

Mardi 15 décembre
Un bon petit diable me tire la langue, il me nargue rigolard, même pas gêné par son sexe pendouillant quʼil offre à ma vue. Je lui rends sa grimace de clown. Je le connais bien ce perfide et tendre tentateur. Je louche souvent vers lui alors il me touche, mʼembouche et me mouche alors je plie, me déplie et supplie et alors… Je sors ma plus belle pièce dʼor et fais offrande, lui, me montre son ventre… alors je double lʼoffrande bien décidée à en découdre. Quand
jʼaperçois ses cornes, mon front devient bélier, le combat peut commencer mais à force de perdre jʼai changé. Maintenant je le reluque en vieil amant…

Samedi 19 décembre 2009
À lʼissue de trois jours de grève, Jean-Louis se leva bien décidé à en finir avec sa fureur de
vivre. Le pavé lui était tombé sur la tête vers minuit, ça lʼavait dʼabord rendu joyeux. Il était enfin
évident que sa tactique était toc, juste une très longue habitude. Sʼénerver, sʼoffusquer, se
battre comme à ses huit ans dans la cours de récréation ne servaient plus à rien. Mais
comment faire autrement ? Son pavé nʼavait pas dʼailes, cʼétait un carré de granit gris,
doucement poli par les ans et lourd, si lourd au fond de son ventre. Jean-Louis resta assis le
reste de la journée, sonné…

Vendredi 1er janvier 2010
Fin de la trêve de Noël, reprendre comme si de rien nʼétait… Coucou
Ce matin, jʼai ouvert un livre de contes comme on se pare dʼun bijou
Un loup se met à la diète mais cʼest un tricheur, ô le vilain loup !
On croit quʼil travaille et il triche, ô grande entourloupe !
On croit quʼil donne et il retient, ô grand voyou !
Il essaye à lʼinstant comme un chat attentif caressant une joue
Comme un animal râleur, têtu comme un caillou, ô ce grand goût !

Samedi 2 janvier 2010
Bonne galette, épi fané
Cheveux blonds, épis fanés
Prendre cette année 50 épis, hip hip hourra
Et bien garder son épi libre
Tout ça cʼest pas un épi pis de chat
Et encore mois un épi taf
Epi cʼest tout

Dimanche 3 janvier 2010
Il avançait sur le bord de la scène, son esprit bouillonnait, son coeur de guimauve lui échappait, son sexe peinait à se réjouir, ses jambes étaient de bois. Encore un pas vers la foule, sʼadmonestait-il mi courage mi cravache. Une croix rouge lui indiquait sa place depuis le début de la représentation mais ce soir, il ne la voyait pas. Sa place nʼétait plus indiquée. Où était-elle ? Sa mémoire tâtonnait, la foule murmura suspendue devant son hésitation alors il choisit lʼendroit de bon droit et leva la tête et les bras le visage rayonnant. Pour la première fois fut applaudit le hallebardier.

Lundi 4 janvier 2010
78 cʼest beaucoup et ça se pourrait !
32 cʼest au autre jeu et ça pourrait suffire
Se moquer du nombre et le laisser sʼétablir
Tranquille, au mieux, loin des symboles
Je me sens mieux en écrivant ça
Sortir de mes prisons dorées ou nauséabondes
Que soufflent les vents de la liberté, yes

Mardi 5 janvier 2010
À la croisée des chemins, ils ne voulaient plus choisir par défaut, tendus vers ce futur forcément meilleur. Ils étaient partis soudés, vaillants, le coeur en espérance mais voilà, rien nʼavait fonctionné comme ils lʼavaient déjà planifié des milliers de fois. La grève était imminente, il fallait refaire connaissance, un par un et tous ensemble. Le chacun pour soi produisait colères et foutages de gueule. Tous ensemble, pas mieux. Incapables de faire un avec eux, ils échouaient dans leurs tentatives de lien. Lʼavenir nʼétait pourtant pas sombre mais ils ne voulaient pas le regarder et dʼailleurs, lʼauraient-ils pu ?

Mercredi 6 janvier 2010
Quel est ce juge qui ment ?
Comment ! Lui qui a prêté serment
Me juge-t-il si froidement
Qui es-tu pour salir mon amant ?
Souviens-toi de tous tes serments
Dʼamour et dʼémerveillement
Où sont-ils passés maintenant ?

Jeudi 7 janvier 2010
Pendue par les pieds, lʼenfant regardait le monde à lʼenvers
Les arbres flottaient dans le ciel sans se soucier de leur aire
Sur le ciel marron se détachaient dʼétranges nuages verts
Ce micmac ouvert vers la fantaisie ne pouvait que lui plaire
Cette enfant est une rêveuse lui susurrait le soir sa mère
Si elle savait ! Lʼenfant était experte en monde à lʼenvers
Et la nuit, enfin seule, elle se savourait reine des chimères

Vendredi 8 janvier 2010
Parler dʼamour comme si cʼétait facile
Tirer les ficelles de mes émois fragiles
Me laisser aller jusquʼau plus fébrile
Au bout de lʼâme qui doucement jubile
Brûler dʼamour quand penaud il vacille
tel un âne bâté qui devient juste servile
Lʼamour comme sʼil nʼétait pas versatile

Mardi 12 janvier
jʼai perdu deux jours, jʼai omis un jour et perdu le fil

Dimanche 17 janvier
choisir ses mots
fond dʼécran vert
Haïti détruite Nino ferrer chante, je nʼoublierai jamais la baie de rio
ceux-là parmi la nasse, la masse
le sacrum alerte, le coccyx frétillant
lʼeau coule sur mon corps
jʼai envie dʼun croissant

Lundi 25 janvier
le passé est passé
près dʼun étang frigorifié
les souvenirs sont roses
face aux faces moroses
face au présent fragile
argile pétri par la vie
Le temps passait
remonter le temps
rêve dʼenfant
impossible
elle le sait maintenant
fatiguée par ses habitudes
qui freinent lʼouverture
vers un futur inconnu



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