8.10.11

Atelier 2 (saison 11-12) Chocolat


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 2 - 4 octobre 2011
Chocolat

Chauffe gourmande (massage et auto-détente)
Se masser mutuellement le nez, le tour des orbites et s’écrire une phrase tendre dans l’air.

• Distribution des petits paquets. Devant vous ces trois carrés de chocolat (1 noir, 1 lait, 1 blanc). Vous pouvez vous régaler des gâteaux présents sur la table, boire un coup mais ces trois carrés-là ne seront dégustés qu’au deuxième moment d’écriture ;-)

• Panier de mots autour du mot Chocolat. Laisser tourner le mot jusqu’à épuisement des métaphores, réminiscences et autres évocations.

• Petite méditation rapide des trois carrés jusqu’au cacaoyer, puis la cabosse et enfin les racines de l’arbre. Situez-vous à un endroit de la méditation et devenez cet instant, laissez gonfler ce moment-là, racontez-le nous de l’intérieur, situez-le dans un extérieur.

• Établissez une fiche personnage par carré de chocolat = 3 personnages. Soignez, dégustez vos personnages, inventez-leur une vie, une trajectoire. Pour l’instant ne les laissez pas inter-agir, ni communiquer entre eux. Ils sont trois individualités autonomes.

• En vous inspirant de votre premier texte (ou pas) et des trois personnages (ou pas), écrivez le troisième texte qui s’intitulera Chocolat et commencera par : Sur le sol… (incipit) et s'achèvera par :  Vers le ciel. (excipit). 

Le genre du texte est libre, sa forme itou.


III
Sur le sol, une fève abandonnée
Sur le sol, son frère pleure, les bras en croix, les yeux tournés vers le ciel
Sur le sol, une hirondelle s’est posée
Sur le sol, Miloalt est assise, elle chante. Sa tresse noire caresse son dos. Dans ses mains, deux cabosses sont maracas. Le roulement des fèves souligne sa mélopée rauque et gutturale. Un orage de tristesse guide sa voix.
Devant eux, le ciel s’éteint
Devant eux, les arbres deviennent fantômes
Devant eux, l’espoir de rencontrer Xolotalt, le vieux sage des monts de l’Ouest
Devant eux, la vie
Derrière eux, la rumeur, la bêtise, la sottise, la fuite. Alors, elle chante entre l’alouette et la chouette, elle appelle la lune et la sagesse. Elle couche le soleil au son d’une tendre comptine tandis que son frère vide son désespoir. Elle berce sa peine, elle l’encourage. Elle sait qu’un homme doit pleurer. Il n’y a pas de honte. Il sait que le temps des larmes est pour cette nuit.
L’hirondelle s’est posée sur le sol, il pleuvra demain, juste un peu, le matin. Elle les suit, petite et noire. L’hirondelle est le cadeau de Terzoal. Elle est leur guide vers l’ouest.
Ce soir ils sont enfin en paix
Ces soir, ils sont enfin seul
Ce soir ils peuvent enfin se reposer
Ce soir, ils peuvent enfin lever les yeux vers le ciel.

Le cacaoyer est triste au flanc de la colline. Hier, les hommes sont venus. Hier, leur chef l’a frappé de son bâton. Hier, son acolyte a dessiné une croix jaune sur son tronc gris. Du temps d’avant il aurait trouvé l’ornement seyant mais aujourd’hui il sait. Il sait qu’il est vieux. Il sait que ses cabosses se font rares. Il connaît les hommes, ils connaît leurs mains sur lui. Il sait leur amour, leur indifférence et leur haine.
Ce matin, un oiseau a chanté sur sa branche l’histoire d’un plus vieux que lui, caché au cœur de la forêt. On ne change pas son destin, lui, il est de la colline, il mourra demain.
Pour chasser l’affolement de sa sève, il pense à l’oiseau, il les aime, il les appelle petits facteurs mais l’oiseau de ce matin n’est qu’un flagorneur. Les hommes ne s’y sont pas trompé. Ils l’attrapent pour le forcer à apprendre leur langage. Quelle étrange race, les hommes sont si changeants. Le voilà philosophe une dernière fois avant que demain ses racines hurlent, que sa cime tombe, toutes branches en avant, précipitées à terre.
Ciao cacaoyer.

II
Le premier - Quand son père est arrivé en Suisse, il a cru mourir de froid, de solitude, de silence, de peur. Quand son père, un fier congolais au sourire plus large qu’une chaloupe, rencontra sa mère. Son père crut mourir d’amour, de tendresse, de joie et de courage.
Elle était blanche, il était noir et je suis laid. Eux, ils étaient beaux mais moi je suis laid. J’ai 17 ans, je vis dans le Valais et je suis laid. Je ne crois jamais ceux qui me disent le contraire. Ceux qui me trouve bon, je les crois un peu. Ceux qui me trouve Suisse, je leur ris au nez. Mon père rassure ma mère en affirmant que ça va me passer, je ne les crois pas.
La deuxième - Myriam était mannequin jusqu’à ce matin. Aujourd’hui, elle quitte l’Europe pour le rejoindre en Nouvelle-Caléonie à la pointe de l’île sud.
Le troisième - J’ai 7 ans et j’ai mal au ventre. Ma mère me gave en vrai et au figuré. Je suis super intelligent et ils me considèrent comme un naze. Je songe à boycotter ma famille, je patiente mais c’est dur. Ils ne même pas imaginer ce que je vais devenir, moi non plus mais j’ai confiance.

Catherine

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