19.10.11

Détails 2




En employant le pronom “il” ou “elle”, vous allez décrire ce détail comme s’il s’agissait d’un très vieux souvenir.

1 - Il est à sa place sur la deuxième sphère, un point noir dans la galaxie. Il n’a rien de particulier, noyé dans la masse granitique. Les éclats de quartz qui l’entourent somnolent, absents. Seuls, sa rondeur et son vide sont vivants. Il est là de toute éternité, juste pour moi. Il m’appelait, dansait pour moi. Depuis des siècles, il n’avait pas bougé, pas changé. Tout est en place comme avant, les 3 sphères gardent la porte blanche, lui se perd sur le flanc gaugauche de la deuxième exactement à la même place que ce foutu point noir sur mon épaule qui n’a jamais voulu disparaître depuis mon adolescence. Sont-ils jumeaux ? Jumeaux de chair et de pierre ? L’enseignement de maître Zaokali m’apparaît en toute clarté face à ce point noir. Le vide est plein et c’est tout.
Je m’éloigne soudain saisie d’idées folles. Il disparaît pourtant je sais qu’il est là.
2 - Il danse, il crie, perdu dans la masse, il appelle
Elle approche, il grandit sous son regard
Elle décide : c’est lui
Il se gorge d’amour
Grain de pierre
Il est avec
Il est un
Il est tout
Pour elle
Parce qu’elle le voit

En employant le pronom “je”, vous “entrez” dans le détail.  Vous continuez la métamorphose, vous  habitez le détail ou vous êtes le détail. Laissez monter comme d’hab. 

Dans un premier temps, j’ai été intrigué. Deux énormes sphères marron au centre noir se sont approchées à une vitesse incroyable. Que me voulaient-elles ? Elles semblaient curieuses mais pas hostiles. Ça paraissait clair, c’était bien moi qu’elles regardaient. Je ne suis pas fière mais je me dois d’être beau grain pour une circonstance aussi étrange. Alors j’ai lustré mon vide, je me suis fait grand et les sphères marron se sont remplies de douceur. Je ne sais comment le dire mais ça m’a ému, je me suis senti beau, le plus beau de tous. Même les quartz scintillant de mille feux qui sont d’ordinaire l’objet de toutes les attentions ne les attiraient pas. J’avais envie qu’elles s’approchent encore, que les doigts de chairs qui prolongent la grosse sphère porteuse des deux petites sphères marron viennent m’apporter leur chaleur en me caressant doucement. Et le miracle s’est produit, j’ai su un instant ce que “bouger” voulait dire.
Parfois le soir, notre sphère de tête nous envoie des ondes pour nous enseigner les autres règnes. J’ai toujours eu du mal à comprendre. Mais là, maintenant j’en suis sûr, j’ai envie de connaître la sensation du mouvement, de quitter ce quartz trop blanc qui me fait de l’ombre, de changer de voisin, de partir en voyage. Oui.

Un nouveau détail,  le pronom “Tu”.  En faire un complice poétique du premier.

Tu es silice, tu es objet de toutes les attentions, les oiseaux se mirent, les sphères marron s’examinent parfois complaisantes, souvent critiques. Tu reflètes, tu ne passes pas inaperçu, toi, éclat de moi, savamment baigné, mélangé. Miroir, sans moi tu ne serais pas, tu es mon frère alchimisé, civilisé, connu, reconnu, représentant de toutes les vanités, tu portes malheur quand on te brise. Ça ne risque pas de m(arriver, on ne brise pas le vide d’un cœur de silice.
Tu n’es ni blanc ni noir, tu es tout ce qui se présente à toi, en fait tu est un tantinet schizophrène. Pauvre miroir, ta vie n’est pas toujours drôle. Tu supportes tout : rire et larme, rougeur et pâleur, langue chargée et dents douteuses. Parfois même des rouges à lèvre viennent dessiner sur ta face. Pauvre miroir, ils ne te laissent jamais en paix. Comme moi tu es dépendant de leur mouvement et ils t’aiment à la folie même quand ils te tirent la langue. Voilà ce que c’est d’être trop regardé. Finalement, je suis bien au milieu des miens. Peinard, en attendant l’atomisation finale.


Tendre, de Noir, de Raphaël Buccanfuso (http://www.raphaelboccanfuso.com/)

Infiniment noir
Noir, tout est noir, partout, rien ne trouble le noir. Un point voit le noir. Noir, tout est noir, toujours noir. Le point noir qui regarde force le noir. Noir, éclaire-toi. Alors le noir obéit, faiblement, de minuscules étoiles blanches percent le noir. Elles ne font pas les stars, à peine si le point noir les voit. Pourtant, elles sont là, personnages secondaires, elles peuvent disparaître sans troubler la densité du noir.
Un noir de velours, un noir sans détour, un noir de geais et d’obsidienne, un noir de placard et de soutane, un noir d’ébène et de sommeil, un noir tout doux, un noir familier, un noir aimé, un noir sans peur ni reproche. Du noir, rien que du noir, toujours du noir et c’en est même pas lassant, ça ne bouge pas.
Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir chante une voix dans ma galaxie, les stars s’agitent un instant puis redeviennent discrètes. Le point chasse la voix triste et se love à nouveau dans le noir. Un noir loin du polar, un noir loin du désespoir, un noir qui invite au repos. Un noir comme un tout insondable. Un noir qui conflue vers un point qui regarde. Ce point est-il sphère de granit ? Est-ce moi ? Tâche sombre, infime dans l’immensité.
Pascal, help, ferme les yeux m’intime le penseur, laisse-toi aller, ne cherche pas à comprendre, ça ne t'a jamais réussi, souviens-toi, petite, souviens-toi de toute les impasses où te menait ton obsession à comprendre, ferme les yeux petite, laisse faire.
Là dans le noir, laisse les bulles jaillir, laisse flotter les idées volatiles, n’attrapent que celles que tu désires vraiment. Installe-toi dans le noir, apprécie ce temps de repos avant de retourner vers les couleurs et le mouvement perpétuel. C’est sur l’écran noir que naît ton futur, ton passé, ton présent, c’est là que la mélodie sonne juste, que l’amour prend ses aises et s’épanouit, ferme les yeux petite, laisse-toi conduire vers la paix du cœur de silice. Là, maintenant, savoure la volupté et le luxe d’une petite robe noire posé sur ton corps délié dansant au firmament de l’univers où tout est rien et rien est tout. Cesse de te forcer à écrire, il n’y a rien à écrire, seul subsiste le noir, un trou noir en quelque sorte.
Catherine
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