22.10.11

Détails 3


Ateliers de la Coquille - Jacqueline

1-    Détail : Choisir et observer un détail quelques minutes. Employer le pronom Il ou Elle. Décrire ce détail comme s’il s’agissait d’un très vieux souvenir
2-    Même détail. En employant le pronom Je , entrer dans le détail.
3-    Choisir dans la pièce un nouveau détail. Employer le pronom Tu et en faire un complice poétique du premier.
4-    Ecrire en se laissant porter, après avoir écouté « une rêverie » de Catherine (un paysage immense)



 Elle est ancrée au pilier d’entrée, barre à laquelle je me suspendais à chaque retour de classe. Elle m’a vu grandir. Je l’ai d’abord regardée de dessous quand je marchais à peine. Elle me servit de toise, mes yeux à sa hauteur, puis mon menton s’appuyant sur elle. Quand la peinture se défraichit, je grattais chaque jour une petite zone, espérant qu’ainsi elle serait rhabillée de frais plus vite. Elle Porte maintenant une robe verte d’un tissu non lisse, cloqué. Elle ne m’apparaissait que de jour quand j’étais enfant. Ce soir je l’ai vue sous les feux de deux spots, son ombre traçait sur le mur un 8 tout en lignes droites et anguleuses, avec une tâche plus sombre en son centre. L’infini sans courbe, sans rondeur, quel présage…

Je tiens à l’horizontale, à un mètre de hauteur, sans support au sol. Je m’étire depuis le pilier, droite, directe et quand je sens la perte possible d’équilibre, j’amorce le virage, une jolie boucle et file rejoindre le pilier avec un savant calcul de l’écartement à poser pour la meilleure solidité. Je suis sûre du juste écart en appréciant l’élégance de ma forme. Trop vite écartée après la boucle, je serais grossière. Je commence par un frôlement de ma première tige, cela me donne l’impulsion pour prendre mon envol. Trop parallèle, je serais mesquine, sans vie. Je fais ma boucle douce, ni béante ni serrée, parfaite pour l’accueil de la barre du portail, assez forte pour soutenir son poids. J’aimerais servir à d’autres usages, perchoir pour oiseaux, support de verre à liqueur.


Tu es en métal gris, seau léger détourné de son usage et devenu récipient à stylos de la maison d’écriture. Je sais que tu préférais ton usage extérieur, bien insoupçonnable. Pourtant l’œil dessiné sur ta face rappelle la boucle de la barre de fer du portail. Placé sous cette boucle, tu recueillais l’eau de pluie. L’eau filtrée par cet anneau avait de grands pouvoirs. Souvent tu as été bousculé d’un coup de pied béta, et longtemps remis en place. Qui sait si quelques mésanges ou un chat mystérieux ont su trouver ta source.

Tel un bâton de sourcier la tige verte dans mes mains me guide vers l’espace. Son œil malicieux m’interroge, m’invite. Les collines se succèdent couvertes de hautes forêts, tâches sombres des conifères dans des marées ocres et vertes. Dans ces forêts de l’est, le sol est encore bouleversé, creusé par les bombardements de 14-18, les tranchées des deux camps sillonnent les collines. Les arbres ont été déchiquetés avec les hommes. De nouvelles pousses ont repris le dessus après quelques années figées, stériles, la vie a été longue à revenir. Rares sont les arbres plus que centenaires. La tige verte dans mes mains glisse sur les traces anciennes des hommes, caresse leur souvenir. Presque cent ans, c’est assez loin pour ne pas être douloureux, tous ces hommes qui ont souffert là seraient à nouveau morts.


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