9.1.12

Maison ou mini-roman, 2


1- Notes
Bord de rivière, derrière, au nord, un bois clair, des animaux y paissent régulièrement. Châtaigniers, chênes, hêtres et tulipiers. La maison est de bois et de terre. Elle est vieille et coquette, sobre aussi, des volets bleus pastel, fenêtres neuves. Sur la façade une antique glycine ourle la porte d’entrée. Deux grands tilleuls plantés à l’ouest assure une belle ombre estivale. Un cerisier. Une rivière coule à l’est, on l’entend avant de la voir en contrebas. Cette maison est habitée. Son crépis de chaux terre claire lui donne un aspect douillet. Une terrasse en bois. Un seul étage. Des rideaux verts aux fenêtres. Toit en tuile. Isolée, elle est seule au milieu de la campagne. Des nids d’hirondelles. Un atelier en bois, métal et verre la protège à l’est. À l’ouest, derrière le tilleul, un potager. 1 cloche de vache savoyarde sert de sonnette. Un enfant a laissé un cerf-volant au sommet du cerisier. Depuis il protège les cerises. Fin juin, la soirée n’en finit pas.

2 - Chapitre 3
Louis souffle dans ses mains. Les ficelles des bottes de foin lui ont cisaillé les doigts, il a chaud, soif. 
Louis souffle dans ses mains. Serge, Jeanne et Albert l’ont renvoyé en rigolant devant sa mine rouge et des doigts violets : “ Va donc à la rivière là-bas, tu verras une ferme, Odile t’offrira une menthe à l’eau.”
Louis souffle dans ses mains, l’eau de la rivière a éteint à peine le feu de ses doigts.
Louis souffle dans ses mains et regarde la maison aux volets bleus pastel s’agrandir alors même qu’il raccourcit ses pas.
Louis souffle dans ses mains, il a horreur de frapper chez des inconnus et il sait encore moins désobéir.
Louis souffle dans ses mains, la menthe à l’eau a raison de ses hésitations.
Louis souffle dans ses mains et espère apercevoir Odile dans son potager ou en train d’étendre son linge, il pourra ainsi tenter de l’apprivoiser avant de se présenter.
Louis souffle dans ses mains. C’est plus facile d’aborder quelqu’un dehors que de devoir frapper à une porte.
Louis souffle dans ses mains pendant que la ferme somnole. L’odeur de la glycine arrive jusqu’à lui, il aime cette odeur. Dans sa banlieue, il y a plein de glycines. Le courage remonte en flèche.
Louis souffle dans ses mains et un vol d’hirondelles plongent vers l’étable. Les rideaux verts ne bougent pas. Pas de chien a l’horizon, c’est déjà ça.
En montant sur la terrasse en bois, Louis tapent des pieds bien fort. 
Louis regarde ses mains et une immense envie de pleurer monte de son ventre.
Le nez sifflant, la larme au bord de l’œil, Louis balance un coup de pied dans la porte, mais il y a des jours où tout va de travers.
Louis, au lieu de rencontrer un bon vieux bois qui en reçu d’autres, se perd dans le vide d’une porte qui s’ouvre et s’écroule sur la margelle en pierre.
C’est ainsi que Louis se présente, couché à terre, grimaçant de douleur devant Odile.

3-  Chapitre 9
Louis n’aime pas cette chambre fleurie de myosotis bleues et blanches, une chambre pour fille pas pour lui. Son séjour dans cette famille tombée du ciel et d’une enveloppe ornée d’un avion rouge et or, laisse hésitant. Louis découvre l’étrange. Il ne sait plus comment agir. Doit-il les embrasser ?, faire un discours, cueillir des fleurs, baisser la tête et se taire, chanter une chanson, écrire un mot, partir en catimini ?
Ici ses repères de citadins ont volé en éclat, ses réflexions sont accueillis avec rires moqueurs et proverbes nouveaux. Louis ne sait jamais si c’est gentil, idiot, méchant, ironique ou formidablement juste !
Jeanne et Odile passent leur temps à le malaxer comme si elles fabriquaient du bon pain tandis qu’Albert et Serges ont la fâcheuse tendance à le confondre avec un punching ball.
Louis, le banlieusard, rompu à la solitude du gamin dont les parents travaillent et campent autour d’un divorce annoncé, n’a pas l’habitude de tant de sollicitude.
En suivant la ligne bleu des myosotis, Louis chasse ses questions et prend une décision ferme et joyeuse sans se douter de l’affront fait à Odile. 
Ce soir, je fais la soupe. Aussitôt, Louis imagine son plan d’action. D’abord, aller au potager, cueillir les derniers poireaux, arracher quelques oignons jeunes, des carottes. Avec les patates ramassées avec Serge, la sacrée découverte de la semaine passée, Louis se sent pousser des ailes de chef aux grandes toques. Des chefs tout blanc comme on en voit à la télé.
Louis ne fait jamais la cuisine, il réchauffe mais ce séjour auprès d’Odile qui veille avec amour sur ses casseroles, lui donne envie de tâter du légume. Il est 5 heures, ils rentreront vers 8 heures, Louis a tout son temps. En quittant sa chambre, Louis sourit au myosotis.

4 - Hommage
Louis Lantin, école Jean Jaurès, classe 1971, 17 sur 20.
“ Pas mal jeune homme, je vous lis :
Je mes souviens des nids d’hirondelles dans l’étable
Je me souviens des volets bleus
Je me souviens du cerisier et du tilleul
Je me souviens de cette soupe sans goût
Je me souviens de cette première fois…
L’instit s’arrête un instant, lui aussi suspend son temps
Je me souviens de la rivière
Je me souviens de la cuisinière à bois
Je me souviens du jaune des œufs
Je me souviens de mes mains rouges
Je me souviens, j’avais si mal
Hier, sa mère lui a demandé s’il voulait y retourner l’été prochain. Louis a dit oui. 
L’instit le fixe d’un regard étrangement doux, on dirait de l’amour. Louis a bien failli s’enfuir.
Catherine
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