22.2.12

Corps accord 2


Atelier du 21/02/2012 

ÉCRITURE BAROQUE (and roll)


1/ Texte baroque écrit au présent. Rencontre entre vos entrailles, un cercle, un carré et un triangle.

            Je n’ai pas une tête au carré. Carrément pas. La grosse tête peut-être, la tête dans le cul souvent. Mais pas au carré. Carrément jamais. Ne me regardez pas avec ces yeux ronds ou bien je vais finir par vous avoir dans le nez.
            J’ai la tête bien faite, posée au sommet. Pas au sommet du triangle, au sommet du corps, au plus près du ciel, comme un soleil. J’ouvre les yeux, il fait jour ; je les ferme et c’est la nuit.
            J’ai le corps bronzé comme un carré de chocolat. Surtout quand je garde les yeux longtemps ouverts. Ma tête ronde éclaire mes épaules carrées pour pas un rond.
            J’ai le tronc anguleux, solide sur ses bases. À l’intérieur, chaque chose a sa place et chaque place se sent toute chose. Les viscères serrent les boulons à la tête carrée, au son des organes bien organisés.
            Mon tronc est tellement carré que sa base se confond avec celle du triangle isocèle qui recèle mon pubis, ma vessie d’airain et mon appendice à percussion, mon piston à coulisse qui cherche la troisième dimension.
            Comme vous voyez, j’ai l’anatomie géométrique, une trique de géomètre et je garde la tête bien vissée sur les épaules.


2/ Imaginer les conversations entre les entrailles, os, viscères et les pensées envolées du moment. Duos, trios, … ça cause.


- C’est ça, casse toi pauv’ conne ! Tu te prends pour qui ? T’es pas sortie de la cuisse de Jupiter, tout juste d’un cerveau Alzheimer.
- Mais c’est injuste ! J’ai le droit de vivre ma vie. Je suis légère et je m’envole comme toutes les pensées. Si vous saviez comme j’aimerais parfois être aussi utile, aussi indispensable et vitale que vous, les organes.
- Ouais, tu dis ça pour nous amadouer mais je suis sûr que tu nous prends de haut et qu’à la moindre occasion tu t’en iras papillonner.
- J’aimerais tant être entendue et comprise. Bien sûr, parfois on me dit que j’ai du poids ou bien que je porte mais je sais bien que je suis futile et la plupart du temps sans importance. La preuve, je vois bien tous les efforts que vous faites pour me faire taire sous prétexte que c’est moi qui empêche le Nirvana. C’est bien le signe qu’on ne m’aime pas…
- Ma foi, c’est pas faux. Les pensées, ça vous met la rate au court-bouillon, ça vous fait faire de la bile jusqu’au haut-le-cœur.
- Oui mais moi, une seule d’entre-elles me met en émoi et me fait me redresser tel le cyclope au casque luisant. Les pensées qui volètent me rendent volage et je m’y connais en Nirvana.
- Faut reconnaître, certaines font battre le cœur et d’autres sont à couper le souffle
- Sans oublier celles qui font chier !
- Si vous saviez comme c’est frustrant de naître ou d’échouer dans un esprit paresseux. On se sent déformée, ou bien mal foutue, avortée ou incomprise. Heureusement que parfois nous germons comme une perle dans un cerveau qui nous peaufine, nous cajole, nous laisse le temps de grandir, de nous épanouir puis nous partage en nous disant, nous écrivant, nous chantant même… Nous ne sommes pas toutes égales face aux hommes. Un jour, peut-être, aurons-nous toutes les mêmes chances ?
- Ben moi, j’ai vécu deux fois parce que j’a été greffé. C’est quand même plus fort que n’importe quelle idée, non ?
- C’est pas plutôt un coup à devenir schizophrène ?
- En attendant, une idée peut naître au même moment à plusieurs endroits différents. Moi j’appelle ça de l’ubiquité !
- Oh moi, depuis que j’ai entendu dire qu’on pouvait mourir pour des idées, je me demande si penser ne serait pas une maladie, alors dans le doute je préfère éviter.
- Je crois aussi que ça vaut mieux pour tout le monde ! On a malheureusement vu les dégâts causés par les hommes qui pensent avec leur bite.
- Viens le dire ici, connasse ! je te crache dessus ! Je te pisse à la raie !
- Du calme ! Du calme ! Vite, apportez une pensée lénifiante, la paix, le sommeil ou bien quelque chose à ruminer, une feuille d’impôts spécial débandade ou des affiches électorales, c’est radical !
- Et toi, on ne t’a pas entendu, qu’en penses-tu ?
- Prout ! répondit le trou du cul

Alfred

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