22.2.12

Cors accord 3



Texte vaguement en lien avec le baroque académique

Ils arrivent conquérants. Le triangle argenté, lumineux comme une étoile filante se présente en premier. D’allure princière, il avance certain de son but, tout en changeant de direction sans arrêt. Il bouscule les tripes, se cogne aux omoplates, agite les poumons. Il rebondit comme une boule de flipper. La pente est rude et le voilà qu’il s’épuise au genou droit, se calme et se fait oublier. 
Le cercle d’or profite de l’aubaine pour se montrer. Là, nous sommes en pleine royauté, c’est chaud, chaleureux, grandiose. Le cercle est derviche tourneur. Paisible, il va de l’épaule gauche au plexus. Devant, derrière, le cercle redescend sur chair, un trouble vient ralentir sa ronde, il perd de sa superbe. Le petit cercle s’effraie, il s’interroge : “Où est ma place ?”. Il s’étiole, cesse de tourner et devient tout petit, tout fragile, tout mordoré. Alors le diaphragme généreux, l’appelle vers sa voûte céleste : “Hep petit, viens là entre côte et plèvre, viens tourner par ici, ça fait bien longtemps que je n’ai pas senti la chaleur d’un cercle dans la région. De bonne mémoire, je sais que ça me fait du bien, allez petit, viens dans mon repli, viens faire des volutes près de mon cœur, viens jouer avec le rouge et le noir”. Le cercle par ses mots alléchés se redore sur tranche et s’installe à la place dite. Son ronronnement réjouit tripes et nerfs qui en soupirent d’aise. 
Pendant ce temps, le carré joue du cligno. Il apparaît, disparaît, hésite et fait la gueule. “J’ai une tronche de paquet mal ficelé. Ils m’auront pas, je joue pas, j’ai rien à faire dans cette carcasse”. Par moment, une glande derrière l’oreille le voit distinctement mais la place est trop exiguë pour un grand carré comme lui. Il se planque bien un instant dans mon mollet droit qui le prend mal et profite de l’aubaine pour tendre muscles et tendons pour l’envoyer bouler. Et voilà notre carré gros Jean toujours râlant. “Personne ne m’aime ici” “Mais si, lui susurre la 7ème dorsale, viens donc ici, il y a équilibre et espace”. Elle sourit calme et détachée. Je ne pourrait pas dire que le carré est séduit mais lâche du lest, il prend du volume et le voilà qui avance et s’installe, un peu flottant sur la dorsale. Il lui manque peu pour se prendre pour les ailes d’un ange au repos.

Est-ce plus baroque ?

“Hé pucette, t’es pas plus grosse qu’une poussière d’étoile et faut toujours que tu gueules”, s’insurge la thyroïde à l’encontre de la 6ème cellule du foie, lobe gauche, au fond à droite. Fière, la pucette continue à haranguer les foules : “Mes sœurs, sortez voiles et mantilles, ce soir il sort. Vous le connaissez, il nous oublie à chaque fois. Il va encore s’envoler de discours en idées folles. Il se rengorgera de concept, s’épuisera en rhétorique et rira de ses bons mots”. “Tu peux pas lui foutre la paix”, rétorque la fistule. “T’es qui toi ?”, interroge le gros orteil. “Tu parles d’un voyageur”, soupire un poil de la raie, un pauvre hère sans cesse tiraillé. “Ah, parce que toi, vu d’où tu regardes, tu vas nous donner des leçons d’explorateur”, rigole le gras des hanches. “Qui nous connaît ? Qui a voyagé dans la galaxie aux mille couleurs, aux sons voluptueux ou graves. Qui sait voler de la pointe du cheveux au fin fond des ongles du pied ?”, philosophe le gros. “Nous, s’écrient en chœur globules blancs et rouges, membranes unies.” “Regardez-moi”, répond le nerf sciatique en se tendant comme un arc, paralysant notre hôte larmoyant. “Qu’importe le voyage pourvu que j’ai le récit”, poétise la flore intestine en déployant ses bouquets roses, ornés de tulle et de brocard. “Moi, j’aime bien ma place, flagorne l’index en dessinant belles arabesques, je me déplace au gré des pensées et de leurs envies. J’ai un don de double vue. Intérieur-extérieur sont en moi réunis”. “Que nenni, vil visiteur, s’enorgueillit l’oreille en jouant du tympan et de la trompe d’Eustache, moi j’entends tout, le dedans et le dehors, c’est moi qui suis partout”. “Mouais, tu restes quand même bien intellectuelle”, temporisent les facias.
“Mais, qu’est-ce qu’elle fout là ?, signale un cil. Une pensée avance en catimini, elle joue les discrètes pour mieux s’imposer au moment voulu. Son idée fixe, faire régner l’ordre dans ce qu’elle appelle un capharnaüm. “Encore une qui se prend pour le nombril de l’être”, ricane l’estomac décidé à ne pas avalé la couleuvre, si elle insiste, je balance l’acide. Du bon, du souffreux, du qui l'inquiète immédiatement.” “Ô oui, notre maître est bien douillet”, soupirent les amygdales habituées à ne pas la ramener, tant leur vie dépend du moindre rhume. “Il croit qu’on compte pour du beurre, renifle un petit ganglion compressé entre peau et mâchoire. S’il insiste, on s’enflamme et il verra qu’il est temps de nous draine un peu”. “C’est pas fini vos envies révolutionnaires, clame la rate, ya plus urgent, il attaque l’eau de vie.” Un silence consterné accueille la nouvelle pendant que le liquide brûle la tranchée et inonde le pilore qui couine comme un malheureux.
Voilà comment ces niaises de pensées ont repris le dessus et ont trouvé tout un tas d’excuses à l’ivrognerie de l’homme. Chaos là-dedans. Les muscles s'alanguissent, les os frémissent, les viscères se planquent pour fomenter quelques diarrhées vengeresses. Ça tire à hue et à dia jusqu’à ce que Morphée, une déesse droite dans bottes, reprenne les rennes des pensées folles. Elle balance toute sa puissance sur corps et esprit enfin réunis dans l’oubli. Confiant, ils s’abandonnent à la vie qui répare jusqu’à ce que mort s’ensuive mais ceci est une autre histoire.
Catherine
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