4.4.12

Itinéraire bis 3


La carte 

Terreur, le vent nous assaille. La couture de la grand voile s'effiloche. Elle n'a jamais été aussi propre à force du fouet de l'eau salée. 
Le pont est comme le lit d'un torrent violent, sans cesse renouvelé par les vagues successives qui s'écrasent avec fureur sur le bateau tout entier. 
De loin, on ne distingue plus que le haut du mât qui tangue comme l'échasse d'un troubadour. 
Dans la cabine, personne ne bouge, ni ne pense à l'accalmie prochaine. Le voyage touche à sa fin. On ne croit plus en rien. 
Perdu au milieu de l'océan, c'est pourtant le meilleur endroit pour s'en tirer. Loin, très loin des récifs. Seul le capitaine le sait. Juste attendre. Un peu plus de patience qu'à l'accoutumée. 
Il se souvient encore, perdu au milieu de l'Indien, d'un interminable huit clos, 32 heures durant. En dehors de toute route maritime. 
... Il ne dira rien. L'expérience endurcit. Ceux là, ne croit plus ... en bien, une fois la terre calme revenue, la vie n'en sera que meilleure. 

Le voyageur 

Pugnace voyageur cherche vieux sage, sachant manier le bâton et l'épée, la percussion et le filet. 
Errance, errance, déshérité du bonheur, cherche cure de jouvence et tambours qui résonnent. 
Chemin, chemine, cheminée, départ de fumée, cherche envolée, ciel adoré.
Historien féru de livres, privé d'ivresse, cherche pagaie pour pagayer, canne pour pêcher, fange pour se vautrer, arbre pour escalader et femme pour ...
Beau parleur, animateur, cherche silence du soir et vaguelettes. Feux de camps et couettes .. pour dormir, dormir enfin. 
Voyageur cherche train à l'heure, bateau livreur, avion renifleur.
Sédentaire, c'est pour plus tard, pour dans la terre, lorsque la graine, bien au chaud, refera une histoire.

Itinéraire bis

La soirée et la nuit, qui tomberait bientôt n'avait ni plan ni comète. La voie lactée nous observait, et moi, je la désirais comme le tire bouchon une bouteille de Beaujolais. 
- Tu prends un verre de vin ? 
- Devin, tu l'es ! S'exclama-t-elle avec son sourire de pervenche. Oui, j'en veux bien un !

Viens petit oiseau
Apprivoise la sève
Viens, ne rougit plus

Dans mes artères le sang grondait et abaissait ma voix. Je percevais la voie comme une faible pente en forme de ruban. Une victoire d'étape ne me suffisait plus, l'oeuf n'est plus, il trotte à présent.

Un regard léger
Suivi d'une tendre pensée
et si on chantait ? 

23 heures, la voie lactée déchire le ciel d'une pensée divine. Accorde au son de l'entre choc, les corps qui font yin yang. 
Dans la cuisine, le tire boucon regarde, complice et dénudé, la bouteille endormie.

Yves
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