22.5.12

Atlas 2



En Allemagne, pendant la guerre : chemin de croix pour un déserteur aux pieds nus qui arrive à l’aéroport.

L’homme entre dans une grande salle jaune en forme d’oiseau. Il apperçoit d’autres hommes, qui montent en silence, un grand couloir aux milles marches roulantes. Profitant que l’un d’entre eux allume une cigarette, le déserteur vide une grosse valise Delsey, il se cache dedans.

Dans la soute de l’avion, l’homme sort de sa valise, imagine le ciel bleu qui l’attend et les vieux copains d’avant au bord du lac. Un gros sac en cuir noir attire son oeil : smoking de marque et parfum Hugo Boss, de quoi atterrir en grandes pompes pour mieux passer la douane !

Aéroport d’Ivalo.
Le visage de Paddy ne trompe pas, pourtant il faut avoir l’air : l’air de rien. Qui sait seulement ce qui se cache dans ce coeur de Paddy ? Le problème, pense Paddy, quand on prend un avion en cavale, c’est qu’on ne sait ni où l’on atterrit, ni ce qui nous attend après.

 Un Pub dans Ivalo.
 Un pub est toujours un bon endroit pour réfléchir, planifier, s’organiser, anticiper, planifier ... Paddy s’installe en terrasse. Que faire ? Que dire ? Où aller ? Qui voir ? Prendre une départementale  ? Paddy n’aime pas les départementales. Ah Existence ! Existence ! Sans papier pas d’Existence : pas d’identité ! Et, sans identité : pas de vérité. Sans vérité : pas d’essence. Et, sans essence : pas d’autoroute .... Paddy doute ...

Mais la mort n’est pas encore là. Le soleil est brillant, personne ne parle ? Ah si : 

-       « One beer please ! »  

«  Il sera  tant de trouver un chemin à l’heure de l’addition, pense Paddy, faudra bien courir encore de toutes façons » 

Paddy déguste. Littéralement et gustativement. Dé-gus-ta-tion, c’est quand même bon !

Et puis Paddy s’enfuit encore : il court très fort ! Jusqu’aux falaises, jusqu’aux rochers. La mer est magnifique. Pendant une belle semaine, Paddy regarde les vagues. Parfois il les comptent, parfois il les sautent, toujours il les admire. Poissons, crustacés, sable fin... Paddy vit, re-vit. Un peu ! Beaucoup ! Il cherche son avenir il oubli ses souvenirs. Il a connu l’isolement il découvre la solitude. Presque joyeux.

Un mois, puis des mois passent. Paddy se demande pourquoi les hommes, eux, ne passent pas. Existerait-il un endroit sur cette terre sans trace de citoyens, même cons ?

Le matin, un dauphin vient dire bonjour à Paddy. C’est devenu une habitude. Paddy se confie souvent au dauphin.

« Pourquoi, demande Paddy au dauphin, jamais personne ne vient par ici ? Moi, je crains la civilisation de part ma situation, mais la civilisation, pourquoi ne vient-elle pas par ici : il y a tant de poissons, de  vie, de beauté ? »

Le dauphin raconte a Paddy la fameuse légende.

« Les hommes en veulent à la mer, depuis des siècles et des siècles. Ils lui en veulent d’avoir ronger la terre. Leur Terre ! Ils ont fait un pacte avec les rochers, celui de ne jamais plus aller à la mer, dans l’espoir qu’un jour, la mer se retire : pour toujours ! Et, leur action n’est pas sans conséquence, continue le dauphin, nous avons déjà perdu de nombreux kilomètres : la mer se retire vraiment : les poissons reculent dans l’océan. Il se dit même que nous rejoindrons Ringue en mer du nord. Ringue, là où les gens s’ennuient, s’ennuient, s’ennuient. »

Cette nuit là, Paddy s’endort plein de rêves. Les étoiles brillent et Dieu vient parler à Paddy dans la nuit. Le matin, quand Paddy se lève, il est encore plein de rêves : il connait son destin. Tout son chemin, sa souffrance comme ses joies, ont un sens pour Paddy : il appelle son ami le dauphin et lui dit :

- « nous allons partir en mer du nord mon ami. Nous voyagerons tous les deux, tu m’emmeneras à Ringue, au pays où les gens s’ennuient. Il est temps pour moi de quitter cet endroit, de me quitter moi, même, moi Paddy : dorénavant je serai Alexandru. Alexandru-le-prêtre. Le prêtre de Ringue : nous danserons, nous chanterons, à la gloire de Dieu, à la gloire de Ringue, ma paroisse sera chaque jour en fête et ainsi,   les gens de Ringue ne s’ennuieront plus jamais....

-       « Heu.... moi je préfère le sud, dit le dauphin. On dit que les mammifères de Ringue ne sont pas très sympas... Va pour t’emmener, cela me fera un  beau voyage, je te déposerai : mais ne comptes pas sur moi pour rester avec toi dans ta paroisse! »

- « Marché conclue, merci mon ami ! Allons nous en dès maintenant, à grandes eaux,  ah Ringue : ma Terre Promise !!! »

Soleen

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