8.1.13

Jour 8


Jour 8 •
Accéder à la perception vraie des choses en laissant venir une petite légende
imaginée au cours de la 8ème journée



La légende du bélier qui toussait

Peu d’humains se souviennent du temps où toutes les créatures parlaient la
même langue.
Cet Âge d’Or est révolu depuis maintes générations et la guerre entre les règnes bat
son plein. Pourtant, ce qui a existé un jour est inscrit pour toujours dans les tablettes
du Temps et celui qui sait les déchiffrer est capable de lire l’avenir mais aussi de
faire renaître le passé…
Bien des aventuriers ont essayé de conquérir la Clef du Temps. Certains
braves l’ont presque touchée mais un seul d’entre eux a su l’accrocher à sa ceinture.
Un jour parmi les jours, naquit un enfant d’homme dans la misère d’une
chaumière où tout manquait. Sa mère étant trop faible, l’enfançon fut élevé parmi les
brebis, tétant celle qui acceptait de le nourrir, par compassion ou par inadvertance.
Le troupeau était bien maigre et l’enfant bien fragile. Il ne dut sa survie qu’à
l’incompréhensible affection que lui vouait le bélier, une bête aux cornes
respectables et à la laine noueuse descendant jusqu’au sol.
Aucun humain ne pouvait expliquer ce qui liait l’enfant à l’animal car aucun
homme ne pouvait imaginer que ces deux pouvaient communiquer. Bien avant de
savoir parler s’était éveillé chez l’enfant le don de comprendre les animaux.
Ses parents avaient trop à faire pour survivre et ne s’occupaient pas de lui. Ils
remarquèrent pourtant que la poule pondait plus régulièrement, que les côtes du
cochon s’étaient enrobées d’une belle couche de graisse et que même la vache
avait guéri de sa fièvre et des humeurs qui coulaient de ses naseaux et de ses
yeux. Comment auraient-ils pu penser que ces changements étaient dus aux
encouragements prodigués par l’enfant à ses amis les bêtes ?
En quelques mois, la prospérité s’installa dans la chaumière. Une soupe cuisait en
permanence au bord du feu et une assiette attendait le voyageur de passage, le
pèlerin ou le vagabond.
Le troupeau de brebis avait crû et embelli, les agneaux folâtraient, faisant la
joie et la fierté du paysan. Hélas, le bélier maigrissait. Il toussait à fendre l’âme et
respirait avec difficulté.
- Nous allons devoir le changer ! annonça l’homme. Cette bête malade ne peut pas
rester au milieu des autres. Demain je le conduirai au boucher même s’il ne vaut plus
grand chose…
À ces mots, l’enfant rampa jusqu’à la bergerie pour prévenir son ami.
- Tu dois absolument guérir, sinon il va te vendre ! Comment puis-je t’aider à cesser
de tousser ?

- Merci mon jeune ami de prendre soin de moi. J’ai quelque chose au fond de la
gorge qui me gêne terriblement. Peux-tu tremper ton bras dans la baratte puis
l’enfoncer dans mon gosier pour tenter de me délivrer ?
Ainsi fut fait. Le bélier ouvrit grand sa bouche et l’enfant faufila sa menotte jusqu’au
fond de la glotte.
- Je sens une chose dure coincée… La voilà !
Avec mille précautions il retira un objet métallique : une clef en or fin.
Le bélier cessa aussitôt de tousser et se mit à brouter avec délectation tandis que
l’enfant jouait avec son trophée. Enfin repu, l’animal s’adressa à son sauveur
- Mille mercis, grâce à toi je revis ! Je suis heureux et fier de te voir dépositaire de la
Clef du Temps. Tu devrais bientôt apprendre le langage des hommes et oublier la
Langue de la Vie. Grâce à cette clé, tu pourras continuer à nous parler. Sache par
ailleurs que nous sommes tous d’accord : les hommes ne sont pas encore prêts à
maîtriser le temps. Conserve précieusement la Clef, le jour venu, tu sauras à qui la
transmettre…
La légende ne dit pas ce qu’il advint de l’enfant ni à qui il transmit l’objet. Elle
nous dit pourtant de prendre un soin particulier si nous entendons un bélier tousser.
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