17.3.13

Michel




« Celle que j’étais hier au soir ne reviendra jamais. » Elle est sortie et moi je bloque sur sa phrase. Mettre au masculin. Être.

Hier au soir ? Je me sentais bien falot, assez anodin somme toute, un qu’on ne remarque pas. Pourtant je m’agite, parle fort, interrompt les conversations. Je suis un pauvre hère, un triste sire. Oui, c’est ça entre le rien et le tout. J’ignore l’équilibre. Je m’épuise mais rien n’y fait, je suis un transparent. 

Oui ma chère, hier au soir, j’étais comme ça mais c’est fini. C’est drôle comme tout peut changer en une nuit. Il suffit d’un rien, un pas de côté, un glissement à gauche, une pirouette à droite, un sautillement en avant et danse la vie. 

Il y a trois nuits, j’ai fait un rêve, I had a dream… tu vois ça m’aurait bien plu de me réveiller noir ébène avec de belles dents blanches qui flashent quand je souris. Mais non, ma gueule est restée en place, ma douleur dans le dos aussi. C’est autre chose qui a bougé, quelque chose de ténue, une part têtue qui a lâché, à moins qu’elle n’ait gagné. Je ne pense pas qu’il soit bon de chercher à comprendre. ÇA c’est passé et cette nuit, je suis… enfin… je ne suis plus… bref je crois… non j’en suis sûr… je n’ai plus peur. 

Je te vois sourire ! Non ce n’est pas rien, oui ça compte, arrête de rire. STOP. Je te quitte. Ça calme, hein ! Tu vois ne plus avoir peur, ce n’est pas rien, ce n’est pas grand chose mais ça change tout. Tes yeux de chatte ne me font plus trembler, tes moqueries ratent leur cible, je me sens tranquille. Cette nuit en t’attendant, j’ai surfé sur le net comme un jeunot de 17 piges et j’ai dégoté un billet pour Bangkok. Un seul. J’étais tellement fier de moi à 5 heures du mat, juste avant que tu rentres encore fumante d’une odeur de mâle épicé. J’ai préparé mon sac à dos pendant que tu glissais dans le sommeil sans une pensée pour moi. 

J’ai balancé un short, 3 tee-shirts et une paire de tong, ça suffira largement. Tu doutes ? Faut pas ! Le taxi m’attend. Je te laisse chérie. J’ai adoré ton mot. Il a valsé dans ma tête toute la soirée alors je t’en ai laissé un sur le guéridon afin que tu médites pendant mon absence « Celle que tu seras demain, pourra peut-être encore me plaire. » Ce n’est qu’un mot, il est sans garanti. 

Ciao chérie, je reviens dans 6 mois.

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