5.7.13

Dérive




J’ai vu des tortues dans le ciel, des rides sur mes mains.
Temps avant l’absence.
J’ai goûté des pétales de roses, approché les caresses de la lumière, respiré la connaissance première de la vie.
Vaguelettes autour d’un petit bonheur simple.
J’ai philosophé sur des questions essentielles telles que la ressemblance des gouttes d’eau entre elles. J’ai goûté les gouttes, c’était doux. 
Plats ou salés, mes arguments étaient sans détour.
Corps laiteux, ventre de glaise, langue de braise.
Je n’ai écouté personne. 
J’ai parlé de cette nervure verte et ocre.
La vois-tu ? Qu’y-a-t-il à voir ? 
Une ligne de vie végétale ou un poison ? 
Et dans cette femme écrasée et mouillée, voir l’extase ou la souffrance ?
Dans cette errante découverte de la lumière. Peut-on voir ou ne pas voir ? Entendre ou non. Sentir ou vomir. Plaisir ou ennui.
Miracle de la forme, je saute dans l’image de ma mémoire bleue.
Aucun carré vert, aucun carillon, j’ai la nausée et mal à la tête. 
Je quitte la parole et serpente dans les nuages.
J’ondule, m’imaginant algue ou pétale. 
Mes bras brassent le vent, une corde me rattache à la terre. Mains ouvertes sous le ciel tailladé de béance. 
Je pense à ma maison aux tuiles rouges, à mes enfants qui philosophent devant la mare aux nénuphars.
Bulles invisibles, volutes de sagesse dorée.
J’enlève mes bas résille. 
Ma peau est marquée comme celles des putains déportées aux Amériques. 
Le cul dans la prose, je ne vois plus rien, je ne sens plus rien. 
Je suis une ombre grise, lentement je m’échappe.

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