9.10.14

Papillon et Mariposa

Urania, plein d'autres ici

Mariposa, mariposa
Mariposa, papillon
Féminin, masculin
Marie pose toi là
Elle l'a fait
Masculin, féminin
Un papillon s'est posé sur ma main
Blanc es-tu, papillon nain
Tacheté de points orangés
Tu as six pattes de prisonnière
Striées noire et blanche
Serais-tu condamnée ?
Tes yeux sont sombres
Tes antennes sont ligne noire surmontée d'un point blanc
À la base de tes ailes s'agitent de minuscules filaments
Jumelles des grandes antennes,
Aurais-tu de mini-antennes au cul ?
Hé bien petite mariposa, que fais-tu là ?

Un papillon est posé sur ma main
Minuscule et gracieux
Je te souris
Posée dans mon hamac
Je te savoure
Tu n'es pas farouche
Et si j'osais la photo ?
L'opération est délicate
Ma tablette posée sur mon ventre
Me rendrait-elle photographe animalière ?
Je te regarde, vas-tu t'envoler devant mon agitation toute en douceur ?
Le choix est là, continuer à contempler ou dégainer...

Depuis un mois, vous m'émerveillez,
vous voletez autour de moi,
la trajectoire ondulatoire
Quand vous vous posez,
vous vous confondez avec les feuilles mortes
Vous imitez la couleur des troncs avec la grâce du ton sur ton
Sur une écorce en pleine nature, vous disparaissez
Pour réapparaître ailes déployées inondant le paysage de couleurs fluorescentes
Bandes vertes et bleues
Moirées et lumineuses
Savant dessin
Lilliputiens ou géants, vous rivalisez de beauté
Le spectacle est là
Et jamais je n'ai l'appareil à photo à portée de main

À la première rencontre magique
Le regard éperdu, je contemple un urania
Quel joli nom pour une folle rencontre
Je râle légèrement de ne pouvoir figer l'instant
Puis je ris devant cette intimité offerte en solitude
En complicité avec un papillon
Je me rince l'œil, je bois la magie, je m'offre à l'instant sacré
Quand je repars en goguette, l'appareil au poing
Vous filez comme les étoiles du 15 août
Vous m'échappez, vous n'en faites qu'à vos têtes
A peine le temps de m'approcher de vos ailes transparentes ourlées de noir
Vous filez mais je m'en fous
Je sais le rendez-vous
Vous êtes partout
Même dans la bibliothèque

Par trois jours j'ai essayé de vous expliquer qu'il faudrait mieux sortir de là
Rien à glaner parmi les bouquins,
chronique d'une mort annoncée
Je me suis agitée pour vous conduire vers la porte
Rien à faire, la com animale n'était pas branchée
Alors quelques jours après, je découvre vos cadavres sur une étagère
Aile sur aile, transparence conjointe
Même dans la mort, le corps légèrement recroquevillé
Vous êtes belles,
symétrie, vous êtes
Axe central sur deux ailes repliées
Vous êtes des dieux, vous êtes des déesses

D'ailleurs comme c'est le printemps
Je vous vois souvent voler deux par deux
L'un portant l'autre
L'un battant des ailes,
l'autre se laissant porter
Quand vous vous posez sur un rocher
Vous entrez en immobilité
A moins que vos ébats soient trop subtils à mes yeux d'humaines
Alors je pars en rêveries

Un soir, j'ai croisé un géant
Un si grand que j'ai d'abord cru à une chauve-souris
Ça, un papillon ?
Hé oui, papillon de nuit
Tu joues les impressionnants
Mariposa de noche
Tu es imposante
Presque effrayante
Hallucinée tu te cognes aux lumières
Je te reconnais bien là

Les géantes du jour ont un peu de peine à rivaliser
Si peu
Fascinantes, elles portent le vert
Un vert merveilleux
Qu'aucune œuvre ne peut atteindre
La nature est inimitable
Mais chapeau bas aux peintres qui tentent leur chance
Essayez-moi ce rouge, trouvez-moi ce jaune

Et toi tu es posé sur ma main et tu ne bouges pas
Alors commencent les longues contorsions
Pas facile, je vous dis
Et tu ne bouges toujours pas
Sais-tu que c'est l'heure pour moi de retourner au boulot ?
Bon, je t'emmène
Je range mon sac
Sors du hamac, traverse le jardin, le patio, le long couloir
La rue est là
Les mototaxis pétaradent dans un boucan d'enfer
Rien, pas un mouvement
Je marche, le regard sur toi, le regard ailleurs
Tu trembles, je ralentis
Tes mini-filaments à la base de tes ailes frémissent
Tu as rentré la tête
Es-tu effrayée ?
Voilà que je m'inquiète
Serais-tu en train de mourir sur ma main ?
Je te présente quelques fleurs des trottoirs
Je te regarde bien en face
Je t'ausculte
Qu'as-tu déposé là ?
Deux points blancs sur ma main
Ça y est tu perds tes antennes
Non, elles sont bien en place
Ligne noire, point blanc

Soudain, j'accélère
Puisque c'est ça, tu vas me suivre jusqu'à Takiwasi
Je marche vite, tu t'accroches
Ailes et têtes repliées, tu ne lâches pas
Dans la descente, l'incroyable m'apparaît
Mais ma parole, tu es en train de pondre
Une joie profonde m'envahit
Oui mais heu, ça pond les pipallons ?
Comme je vous appelais quand j'étais petite
Question
Non, d'un coup certitude
Tu ponds sur ma main
Je danse de tout mon corps, la main droite immobile
Je te montre à Fabienne
Regarde un papillon m'a adoptée
Elle est pressée alors je rentre dans Takiwasi
Et te présente à la première fleur d'hibiscus
Pas intéressée pour deux sous tu sèmes un quatrième œuf
Vois-tu, belle Mariposa, je suis sérieusement à la bourre
J'hésite à m'assoir et continuer à te laisser pondre
Mais c'est pas juste pour les œufs
Que vais-je en faire ?
Ils sont promis à une mort certaine
Ils me font déjà pitié
Pourtant je me réjouis d'avoir été élue
Terre d'ensemencement
Belle plante, je me sens donc

Non ma belle, je te t'emporterai pas à la bibliothèque
Tu y mourrais
Alors je change de fleur et hausse la voix devant ta ténacité
Bon maintenant, tu t'envoles
Et hop, elle est partie vive comme l'éclair
Prenant la direction inverse de la fleur offerte
Je te suis du regard, béate et coite
en charge d'orphelins

Arrivée à la bibliothèque
El Chino est à ma table
Je cherche sur internet
Les oeufs tout autant accrochés à mon duvet que leur mère
Oui, les papillons pondent bien des œufs
Les photos l'attestent
Alors je recommence
Braque ma tablette vers les petits
El Chino m'observe
Il porte des plumes en guise de dredlog
La casquette vissée à l'américaine
Alors je raconte
Il me croit et prend tout plein de phsoto

Joyeuse et préoccupée par l'endroit où je me dois de leur donner une chance de survie
Je redescends, croise Silvia, Martín et Elvis
Ils me croient et nous plaisantons sur les huevitos
Qui sont tombés là
L'expression est fameuse par ici
Je rigole devant la métaphore
L'instant est grave trouver le végétal où ils deviendront de bons gros vers goulus
Je me sens attirée par de grandes feuilles enroulées vertes et jaunes
Et les dépose délicatement tout près de la grande maison
Entre 3 et 8 jours précisent les sites papillonphyles, ils écloront
Si dame nature est clémente
Irons-nous ensemble de goinfrerie en chrysalide ?
Irons-nous au plus profond du sombre et de l'isolement où s'accomplit la métamorphose ?
Alors quand à votre tour vous serez mariposa-papillon
La paix simple et authentique sera avec moi, en moi
Alors comme vous
Fleur à fleur nous féconderons
D'amour et d'échanges nous nous nourrirons
Ainsi soit-il




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